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hors d’état de faire parvenir au siège de la catholicité des communications d’une très sérieuse importance, qui en toute autre occasion auraient eu grande chance d’y être favorablement accueillies. Ce qui advint des lettres que, par les ordres de Napoléon, les cardinaux et évêques français avaient dû adresser directement au saint-père, est plus singulier encore. Jamais Fouché, son ministre de la police, ne voulut souffrir qu’elles fussent remises à leur destination. Peut-être nos lecteurs n’ont-ils pas oublié que de Schœnbrunn, où il résidait alors, Napoléon n’avait rien eu de plus pressé que de recommander au duc d’Otrante de faire tout ce qui dépendrait de lui pour que le public n’apprît rien ou du moins s’occupât aussi peu que possible de l’arrestation du pape et de son passage à travers la France. Fouché avait pris ses instructions au pied de la lettre ; avec son zèle accoutumé, il les avait plutôt exagérées, se souciant médiocrement de savoir si la manière dont il les mettait en pratique entravait l’exécution d’autres desseins dont son collègue des cultes avait de son côté reçu la confidence. C’est sur lui que retombait la responsabilité du transfert du saint-père de Grenoble à Savone ; c’est à lui que l’empereur s’en était remis pour empêcher que le dangereux voyage d’un pareil prisonnier ne causât trop d’émotion parmi les populations si catholiques du midi de la France. La première précaution à prendre était de mettre obstacle à toute communication de Pie VII avec les membres considérables du clergé français. Tout serait compromis, s’ils pouvaient l’approcher et surtout lui écrire. Les préfets des départemens traversés par le cortège pontifical avaient donc reçu les mêmes recommandations que le conseiller de préfecture Girard, qui à Grenoble avait si vertement refusé aux grands-vicaires du cardinal Fesch l’accès auprès du saint-père, et qui n’avait pas seulement permis qu’on lui remît les lettres écrites par Caprara et Maury[1]. Ces lettres n’arrivèrent aux mains du saint-père que beaucoup plus tard, après son installation à Savone, et par l’intermédiaire du préfet de Montenotte. Avant de nous occuper de ce qu’elles contenaient et de la réponse qu’elles provoquèrent, il convient de dire un mot de la situation faite au pape dans sa nouvelle résidence.

Pie VII était arrivé à Savone le 20 ou le 21 août 1809. Il était d’abord descendu dans la maison du maire de la ville, le comte Égidio Santone. Après avoir résidé quatre jours au sein de cette famille, très considérée dans le pays, dont les sentimens étaient fort catholiques, et qui lui témoigna les plus respectueux égards, il avait été

  1. Voyez la lettre du cardinal Fesch, du 7 août 1809, citée dans la Revue du 15 avril 1868.