Page:Revue des Deux Mondes - 1868 - tome 76.djvu/599

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douceur et beaucoup de remercîmens les propositions qui lui étaient directement adressées. Il invita ses compagnons de captivité à n’accepter pour ce qui les regardait que le strict nécessaire[1]. Alors arriva de Paris, avec le titre de maire de palais du pape, le général comte César Berthier, frère du prince de Wagram. Le comte Berthier, connu par ses goûts de dépense et de prodigalité, avait ordre de ne rien offrir, de ne rien imposer personnellement à Pie VII qui fût contraire à ses habitudes. Il avait pour instruction de tenir lui-même un grand état de maison, d’avoir table ouverte et d’y convier habituellement les familiers du saint-père, de témoigner à sa sainteté les plus grands égards et surtout de tâcher de surmonter sa répugnance à se produire en cérémonie au dehors. Invité à maintenir autour de la résidence pontificale une surveillance aussi vigilante, mais aussi bien dissimulée que possible, obligé par ordre de l’empereur d’assister toujours de sa personne au lever du pape ou de s’y faire représenter par un officier de gendarmerie, vu que ce seul moment devait être choisi pour l’expédition des affaires, le général Berthier avait en même temps reçu l’expresse recommandation de faire tout ce qui dépendrait de lui pour empêcher que le séjour du pape à Savone et la vie qu’il y menait parussent avoir aux yeux du public la moindre apparence de captivité. C’étaient là des consignes passablement contradictoires et d’une bien difficile exécution, d’autant plus difficile que Pie VII, comprenant parfaitement quels étaient les desseins de l’empereur, se gardait bien de venir en aide à son malheureux envoyé.

Telle était d’ailleurs la simplicité des goûts du prisonnier de Savone qu’il s’arrangeait mieux qu’aucun de ses serviteurs des ennuis ordinaires de la captivité. Il s’était confiné avec une sorte de bonheur dans la petite chambre qui lui avait été destinée. Elle était précédée d’un non moins petit cabinet, et donnait immédiatement sur un étroit corridor où le saint-père pouvait à peine s’habiller et serrer ses objets de toilette. Les trois fenêtres de ce modeste logement ouvraient directement sur les murs de la ville. Tout cela rappelait à Pie VII, non sans quelque charme peut-être, les cellules de son ancien couvent et ses premières habitudes de moine. Il avait repris les règles de la vie cénobitique jusqu’à se nourrir à peu près exclusivement de légumes et d’un peu de poisson. Sortir lui était devenu insupportable. En vain le préfet, le maire, les autorités en corps, surtout le général comte Berthier, insistèrent pour qu’il allât officier pontificalement à la cathédrale de Savone ; Pie VII s’y refusa constamment. Il persistait à ne vouloir

  1. Relation manuscrite en italien du valet de chambre du pape. — British Muséum, n° 8,389.