Page:Revue des Deux Mondes - 1869 - tome 80.djvu/117

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en Angleterre, cette fonction si honorable de maître d’école tombe quelquefois en des mains bien indignes. Il ne faut ni brevet de capacité, ni autorisation administrative pour ouvrir une école; cette profession est souvent le refuge de malheureux qui ont essayé sans succès d’autres métiers. Le romancier populaire Dickens a donné dans Nicolas Nickleby le tableau de ce que peut être, ou du moins de ce qu’était autrefois le régime scolaire des petites villes de province.

Depuis la fastueuse Eton, où la noblesse du royaume envoie ses rejetons, jusqu’à l’humble pension de village qui reçoit les enfans de la petite bourgeoisie, l’échelle est complète; il y a des écoles pour tous les goûts. Depuis le principal de Harrow, qui jouit d’un traitement annuel de 150,000 francs, jusqu’au pauvre pédagogue d’un comté rural qui meurt de faim avec ses élèves, il y en a de tous les prix. Partout on enseigne plus ou moins le latin, l’histoire, les mathématiques, en un mot toutes les matières que nous avons coutume de comprendre sous le terme générique d’enseignement secondaire. Chaque père de famille choisit suivant ses ressources. La liberté est complète, absolue. Quel en est le résultat? Nous ne sommes guère capables, avec nos idées françaises de règle, d’organisation de discipline, d’apprécier les bons et les mauvais côtés d’un tel régime. Laissons la parole aux Anglais; ils sont plus que nous en état d’apprécier ce qui leur manque. Or voici le jugement que les commissions royales d’enquête ont porté sur les écoles secondaires de l’Angleterre et les modifications qu’elles proposent d’y introduire. « Si un jeune homme, disent les commissaires de la reine, après quatre ou cinq ans passés dans une école, la quittant à dix-neuf ans, n’est pas capable d’expliquer un morceau facile de latin et de grec sans l’aide d’un dictionnaire, ou d’écrire le latin grammaticalement, ne sachant presque rien de la géographie et de l’histoire de son pays, ignorant toute langue moderne excepté la sienne, à peine en état d’écrire l’anglais correctement, de faire une simple opération d’arithmétique, de démontrer une proposition facile d’Euclide, tout à fait étranger aux lois qui gouvernent le monde physique, avec des yeux et une main non exercés au dessin, une oreille fermée à la musique, un esprit peu cultivé et sans aucun goût pour la lecture et l’observation, son éducation intellectuelle doit être regardée comme manquée, quand même il n’y aurait rien à blâmer dans ses principes, dans son caractère et dans ses mœurs. Nous sommes loin de prétendre que ce portrait représente le résultat ordinaire de l’instruction donnée dans les écoles publiques; mais, si nous en jugeons par les témoignages que nous avons recueillis et par les observations que tout le monde peut faire chaque jour, nous pouvons