Page:Revue des Deux Mondes - 1869 - tome 80.djvu/129

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gymnastique; cet exercice, qui est plutôt un travail qu’un délassement, convient mieux que les jeux de fantaisie à des enfans studieux dont les courtes récréations doivent être consacrées à des distractions hygiéniques. En somme, cette institution, partie du même point que celles d’Eton et de Harrow, montre assez bien comment les Allemands s’y sont pris pour déraciner les défauts que les Anglais ont laissés se perpétuer dans leurs écoles publiques. Ajoutons encore que le corps enseignant n’a pas, comme en Angleterre, absorbé la meilleure partie des revenus scolaires. Il n’y a pas dans toute la Prusse un seul professeur de l’enseignement secondaire dont le traitement atteigne 9,000 francs; le recteur de Pforta, qui a le poste le plus envié, reçoit 7,500 francs par an, plus la jouissance gratuite d’une maison. Sans avoir les fastueux traitemens de leurs confrères des îles britanniques, les professeurs allemands vivent heureux et contens; ils n’en sont pas moins capables ni moins dévoués à leur tâche, et, à défaut d’un salaire élevé, ils sont peut-être récompensés par plus de considération. Dans un pays qui n’est pas corrompu, la considération a sa valeur tout comme l’argent, nous dit avec justesse M. Arnold. En résumé les Allemands du nord sont fiers de leur organisation d’enseignement, et ils ont raison. Des gymnases qui donnent une instruction scientifique développée avec mesure et des écoles réelles d’où la culture classique n’est pas exclue se partagent sans jalousie les faveurs du public et les encouragemens de l’état. Des écoles de plusieurs catégories répondent aux besoins variés des diverses portions de la société. Les classes sont bien remplies, les professeurs ont acquis une réputation méritée. Veut-on avoir le secret de cette prospérité? Il nous suffira de répéter ce que nous disions plus haut de l’Ecosse : les pères de familles sont eux-mêmes instruits; ils apprécient la valeur d’une éducation distinguée, et savent juger quelle sorte d’instruction convient à leurs fils.


IV.

De l’Allemagne, passons en Suisse. Nul pays au monde n’est plus largement doué sous le rapport scolaire. Prenons pour exemple Zurich, qui est peut-être en avance sur les autres cantons de la confédération, sans toutefois les dépasser de beaucoup. Sur un territoire et avec une population dont un département français serait l’équivalent, il existe une université, une école polytechnique, une école vétérinaire, une école d’agriculture, deux grandes écoles classiques, deux grandes écoles réelles, une école normale, 57 établissemens