Page:Revue des Deux Mondes - 1869 - tome 82.djvu/898

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assez d’influence et d’autorité pour le faire comprendre aux autres? Le débat soulevé à Antioche, peut-être par des délégués des douze, fut porté à Jérusalem.

Il est difficile de concilier le récit des Actes et celui que saint Paul nous a laissé sur cette affaire. L’auteur des Actes nous donne l’idée d’une sorte de synode ecclésiastique avec un président, des orateurs, une décision émanée de la majorité, libellée en articles et envoyée partout avec la garantie de l’église assemblée. La chose, dans le récit de Paul, est bien plus simple. On disputait sans s’entendre à Antioche sur la question de savoir si la circoncision et les pratiques de la loi étaient obligatoires pour les croyans étrangers. Paul se rend à Jérusalem avec Barnabé et un de ses récens disciples, Titus, fils de païen et incirconcis. Il y expose l’évangile qu’il prêche aux gentils, il discute avec plusieurs, et s’entretient en particulier avec les plus considérés des frères; mais il ne cède ni aux récriminations des plus violens, ni aux représentations des plus autorisés. Il ne laisse pas circoncire Titus. Il est entendu à la fin qu’on lui abandonne les gentils à convertir, comme à Pierre les Juifs. A quelles conditions? Paul n’en dit rien. Du décret dont parlent les Actes, il ne fait nulle mention. On a paru s’entendre cependant, on s’est donné la main en signe d’union. La division du travail ne devra pas détruire la bonne harmonie. On se sépare, chacun gardant sa foi. Ceci est gagné en fait : les païens auront libre accès dans l’église sans être soumis à une opération rebutante et inutile.

M. Renan a voulu fondre ensemble la narration des Actes et celle de Paul. Il n’admet point par exemple qu’un décret en forme soit sorti des conférences de Jérusalem; toutefois il considère les prescriptions exprimées dans ce décret prétendu comme le résultat d’une convention amiable. Décret officiel ou convention verbale, les difficultés que M. Renan a notées semblent les mêmes. M. Renan prête aussi à Paul une concession qui paraît exorbitante, en désaccord avec ses principes invariables, et tout à fait invraisemblable, à savoir la circoncision de Titus, qu’il avait amené avec lui pour protester plus vivement contre d’inacceptables prétentions. Ce n’est pas ici le lieu de discuter un texte équivoque que M. Renan interprète d’une façon nouvelle; mais avec son hypothèse comment expliquer ce que Paul affirme si nettement, qu’il ne se soumit pas et qu’on ne lui arracha rien? Il réserva, dit-on, la question de principe. La meilleure manière de l’affirmer était justement de ne pas céder dans ce cas particulier. N’avait-il pas prévu les réclamations des judaïsans, ne les avait-il pas provoquées comme à dessein? Amener Titus à Jérusalem était une évidente bravade, céder à son sujet était une amère humiliation ou une inconcevable faiblesse. Le ca-