Page:Revue des Deux Mondes - 1869 - tome 82.djvu/931

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de ne pas arriver les premiers, et, prenant leurs prétentions pour leurs droits, se révoltent contre une société qu’ils accusent de les méconnaître. Ce sont des misères qu’il faut savoir virilement supporter; elles sont pour tous les états la condition de la vie.

L’autre raison pour laquelle quelques personnes pensent qu’on doit supprimer le baccalauréat est précisément celle qui doit le faire maintenir. On a dit qu’il n’était pas compatible avec la liberté de l’enseignement; il me semble au contraire que, depuis que cette liberté a été proclamée, il est devenu plus nécessaire. Ne faut-il pas qu’on donne aux pères de famille quelque moyen de savoir s’ils ne sont pas la dupe de spéculations effrontées, et si le maître auquel ils confient leur enfant sans le connaître est capable de lui apprendre quelque chose? L’Angleterre, qu’on invoque si volontiers pour attaquer nos systèmes d’études, nous donne sur ce point un exemple dont nous devons profiter. Elle est très vivement préoccupée depuis quelques années de ce qui manque à son enseignement secondaire; elle en a exposé tous les défauts avec cette franchise ordinaire aux gouvernemens libres, et cherche résolument à les corriger. Les jeunes gens de l’aristocratie sont élevés dans ces collèges anciens dont j’ai parlé, et qui sont pour la plupart des fondations pieuses du moyen âge; le peuple a des écoles primaires plus nombreuses qu’en France : c’est la classe moyenne et bourgeoise qui est le moins bien partagée. Nos voisins ne dissimulent pas la cause de cette infériorité. On avait chargé la liberté de pourvoir à son instruction, et la liberté s’est mal acquittée de sa tâche. Chez nous, les collèges de l’état maintiennent un certain niveau dans les études; pour se soutenir à côté d’eux, les institutions libres sont forcées de faire des efforts, et celles qui seraient trop visiblement inférieures ne pourraient pas subsister longtemps. En Angleterre, tout marche à l’aventure. Les pensions y pullulent; elles se livrent entre elles une lutte acharnée par la réclame et le bon marché. La loi n’exige de certificat ni de diplôme de personne; l’éducation est un métier entièrement libre qui en général rapporte peu, et qu’on n’essaie qu’après en avoir entrepris beaucoup d’autres. « On nous a signalé, disent des voyageurs, une école tenue par un propriétaire de cabriolets de place à qui la faillite avait rendu impossible sa première industrie. Ailleurs c’est un individu qui a été successivement épicier, revendeur de meubles, péager, et qui, après autant de faillites que de métiers, s’est fait maître de pension. » On peut voir dans le livre de M. Demogeot les efforts vigoureux qu’on fait en Angleterre pour corriger cet abus. Parmi ces tentatives, il en est une surtout qu’il nous faut remarquer : des sociétés privées se sont établies pour faire subir un examen et décerner un diplôme. Les Anglais pensent avec raison que cette épreuve placée à la fin des études