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consentir à ce que mon fils le prince héréditaire épouse la fille de ce caporal couronné.

« COPPELIUS. — Une nièce du grand Frédéric !

« LE MARGRAVE. — Soit, mais si compromise par l’aventure d’hier au soir ! Tiens, ne me parle plus de cette union ; quoi qu’il puisse advenir, j’y renonce.

« COPPELIUS. — A votre aise, monseigneur ; mais on pourrait toujours arranger un petit simulacre de mariage qui sauverait du moins les apparences.

« LE MARGRAVE. — Et lequel ?

« COPPELIUS. — Par exemple marier deux de mes automates.

« LE MARGRAVE. — Marier des automates !

« COPPELIUS. — Nous poserons que le jeune seigneur est votre fils et la demoiselle sa fiancée, et nous procéderons.

« LE MARGRAVE. — Maître Coppélius, vous n’y pensez pas !

« COPPELIUS. — Pardon, ne vous est-il jamais arrivé de faire pendre un homme en effigie ?

« LE MARGRAVE. — Mais si, plusieurs fois ; j’avoue même avoir un certain faible pour ce genre d’exécution…

« COPPELIUS. — Où la justice et l’humanité trouvent leur compte…

« LE MARGRAVE. — Car on est pendu suivant les règles, et cependant on n’en meurt pas.

« COPPELIUS. — Du moment que vous avez le droit de faire pendre les gens en effigie, je ne vois pas qui oserait vous contester le privilège de les marier de la même façon : le grand-duc et votre cour attendent une noce, cette noce sera célébrée avec tout le cérémonial voulu.

« LE MARGRAVE. — Et après ?

« COPPELIUS. — Dame ! après, nous emballerons les deux conjoints dans un vieux coffre, et il n’en sera plus question. »

On devine que, par une adroite combinaison du vieux mécanicien, le mariage en effigie se trouve être un mariage on ne peut plus authentique, et sur lequel il n’y a point à revenir. Il semble qu’une péripétie de ce genre eût été bienvenue au dénoûment de Coppélia ; même dans un ballet un peu d’habileté ne messied pas, et c’est aussi trop se moquer des gens que de donner pour dénoûment à l’homme au sable la mise en action de la Cloche de Schiller. Associer à l’idée fantastique d’un conte d’Hoffmann le plus classique des dithyrambes du poète d’Iéna, il y a là un de ces contre-sens, de ces anachronismes qui ne se font excuser qu’à force d’amuser leur monde, et cette fois le divertissement est loin de mériter son nom, ou, s’il le mérite, c’est par antiphrase : lucus a non lucendo ! Quelle raison d’être ont ces figures emblématiques, ces éternelles allégories en plein air succédant à la jolie scène de l’atelier, si pittoresquement jouée et dansée par l’aimable virtuose ? On aurait tout à gagner à supprimer ce tableau final ; le spectacle en serait