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l’histoire, d’une stabilité grâce à laquelle chaque changement de règne se traduit en coups de fusil, et provoque des révolutions par les moyens mêmes employés pour les prévenir ?

Nous savons bien que l’argument peut être, jusqu’à un certain point, tourné contre la république, qu’elle a été proclamée deux fois sans réussir à s’établir, et qu’on peut, sous ce rapport, la renvoyer dos à dos avec la monarchie. Toutefois il est une considération qui doit frapper les esprits observateurs, et qui permet de croire que, si la monarchie a de profondes racines dans le passé, l’avenir appartient à la république, — que, si la première ne peut durer, c’est qu’elle va chaque jour s’affaiblissant et se décomposant, tandis que la république n’a succombé deux fois que parce qu’elle n’était pas encore adulte et suffisamment forte pour garder la part que les événemens lui avaient faite. Cette considération, c’est que depuis 89 le principe électif n’a cessé, dans l’ordre des fonctions sociales, de gagner tout le terrain que perdait le principe héréditaire. Dans l’ancien régime, ce n’était pas seulement la royauté qui était héréditaire ; les grandes charges de la cour, de l’armée, de la magistrature, les titres honorifiques et les solides privilèges qui y étaient attachés, tout cela était héréditaire de droit ou de fait dans un petit nombre de grandes familles. A la révolution, le principe électif renouvela l’armée, l’administration. Si Napoléon eut l’idée malheureuse de créer une nouvelle noblesse héréditaire, du moins ne put-on y entrer qu’à la suite des grands services rendus, et quant à l’hérédité, elle devint toute nominale, et ne fut plus un obstacle pour les glorieux parvenus qui devaient suivre.

Sous la restauration, la pairie est encore héréditaire ; elle devient viagère sous Louis-Philippe, comme le sénat sous Napoléon III, et tous les publicistes qui pensent à rendre à la pairie ou au sénat l’autorité que ne peut leur conférer l’institution monarchique tournent les yeux sans résultat, mais non sans raison, vers le principe électif. Au milieu d’une société où toutes les fonctions sont viagères, électives, où le seul titre incontesté est le mérite et l’éclat des services, la couronne royale ou impériale faisait seule exception, et semblait appartenir à une autre époque : l’exception elle-même vient de disparaître.

Est-ce un bien ? est-ce un mal ? Cherchons la réponse, non dans nos sentimens particuliers, mais dans les faits les plus incontestables de l’histoire contemporaine. Nous allons avoir l’air de dire un paradoxe, et pourtant rien n’est plus vrai ; tous nos essais monarchiques, dont les conservateurs déplorent la fin prématurée, n’ont péri en réalité que pour avoir duré trop longtemps.

Voyons l’histoire. Le premier empire, consulat compris, a duré