Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 90.djvu/138

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ne sont pas, dites-vous, l’Allemagne. Cela est vrai, et de même Paris n’est pas la Boule-Rouge. Paris, comme toutes les grandes villes, offre beaucoup de vices ; mais il s’honore de beaucoup plus de vertus, éclatantes ou modestes, que vous ne le supposez. On dit que le roi Guillaume, visitant le Paris de M. Haussmann en 1867, exprimait au conseiller d’état chargé de l’accompagner son admiration pour chaque monument et pour chaque boulevard en accompagnant son témoignage de ce constant correctif : « seulement vous n’avez pas de mœurs ! » Si le mot est réel, combien il s’applique improprement à cette population permanente qui fait le fond de notre capitale, et qui est à la fois si intelligente, si infatigable au travail, si exacte dans sa vie de famille, si inquiète du sort des enfans, à la fois si sérieuse et si modeste ! Ce que peuvent être les vertus et le patriotisme de cette ville dans un grand malheur public, notre ennemi peut commencer à le deviner.

M. Mommsen a trop d’esprit pour avoir entonné à notre sujet devant tout le monde la trompette du jugement dernier. Il ne soutient pas cette thèse ridicule de la régénération de la France par l’immaculée et pudique Allemagne ; mais par un autre chemin il arrive au même résultat que ses exaltés confrères. Dès la fin du mois d’août, — avant Sedan, — il estime que la guerre va finir. Voyons quelles conditions il pense que la France doit accepter dès lors ; voyons ce que, suivant lui, doit nous demander l’Allemagne : il ne saurait manquer d’expliquer ingénieusement chacun de ses motifs et de s’appuyer sur quelque instructive théorie.

Bien que la future paix soit destinée à régler indirectement une nouvelle Europe, la Prusse devra exiger d’abord, dit-il, que nul cabinet ne prétende intervenir dans les négociations. Elle saura veiller elle-même à l’équilibre européen et se garder de toute conquête. Elle se contentera de revendiquer, indépendamment des indemnités et frais de guerre, le propre territoire allemand détenu par la France. Voilà tout, et son programme est court : pas de conquête ; rien qu’une revendication devenue par plusieurs motifs nécessaire et inévitable ! — Il faut citer exactement ici les expressions du manifeste, car le raisonnement y devient subtil. La première cause de la nécessité actuelle, ce sont, paraît-il, nos irrémédiables défauts. « S’il se pouvait inventer quelque moyen efficace d’inoculer aux Français certaines qualités qui malheureusement leur manquent, comme l’amour de la paix ; si l’on pouvait les amener à reconnaître que la liberté et l’égalité ne doivent pas être leurs monopoles, » mais que ces biens peuvent être communs à toutes les nations, certes personne ne songerait plus en Allemagne à la frontière des Vosges. » L’auteur veut dire sans doute, par ce langage concis, que le seul