Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 90.djvu/262

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parti d’impériaux facile à maîtriser. L’évêque de Metz, M. de Lenoncourt, était engagé de cœur aux intérêts français. Le roi voulut faire une entrée solennelle dans cette ancienne et noble capitale du royaume d’Austrasie ; il y fut reçu avec acclamation, comme un souverain d’origine nationale, et le maître échevin, suivi des treize jurats formant le corps de ville, prêta serment en ses mains dans les termes qui suivent : « Nous, etc., ayant entendu de vous que, pour le bien du saint-empire, recouvrement et conservation de sa liberté, a été, ces jours passés, fait traité et accord entre vous et les princes de Germanie, ligue offensive et défensive à l’encontre de Charles, empereur, des noms, à présent régnant, et de ses adhérens, pour le bien de laquelle ligue vous vous êtes en personne, avec votre armée, acheminé jusques en cette ville et cité de Metz, ne voulant, comme il ne serait raisonnable, nuire et défavoriser ladite ligue et entreprise, tendante au bien commun de ladite Germanie, nous jurons et promettons, sur nos honneurs et la part que prétendons en paradis, de ne jamais aider et favoriser, ni supporter ledit empereur, ni ses adhérens, en quelque sorte ni manière que ce soit, contre vous, ni contre vos amis et alliés, ains au contraire de vous porter toujours honneur, faveur, assistance, aide et comfort, tant de notre ville et places qui en dépendent que de nos biens, personnes, facultés, vivres et commodités dont vous aurez besoin à l’encontre d’icelui empereur et de sesdits adhérens. »

Pour ce qui est de l’Allemagne, Maurice, aidé de l’argent du roi de France, y leva rapidement une armée et tomba comme la foudre sur les impériaux pris au dépourvu. Le patriotisme, qui partout se réveillait à sa voix, en retrouvant la certitude d’être soutenu par un puissant auxiliaire, doubla les forces dont il disposait, et, secondé par le margrave Albert de Brandebourg, il surprit Ponawert, s’empara d’Augsbourg, dispersa les bandes impériales, mit à contribution le bas Danube, sema partout le découragement et l’effroi, força le château d’Erenberg, et marcha audacieusement sur la ville d’Inspruck, où l’empereur gisait malade, défendu seulement par une troupe affaiblie et démoralisée. A peine Charles V eut-il le temps d’échapper à l’attaque de Maurice, et le grand potentat qui quelques jours auparavant voyait tout trembler devant lui était à cette heure obligé de fuir rapidement devant le beau-fils du landgrave de Hesse, dont il avait cru faire son homme par d’avilissantes faveurs. Voilà ce qu’avaient produit en quelques semaines le traité du 5 octobre 1551 et le bruit seul de l’assistance française.

A peine revenu de son émoi, humilié, irrité, mais fécond en