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leur avait démontré de la façon la plus évidente toutes les difficultés d’une pareille entreprise. »

Ces difficultés furent exposées et discutées dans le discours de M. Gladstone. Après avoir déclaré qu’il était impossible de renoncer pour le moment à l’income-tax à moins de recourir à des aggravations ou créations d’impôts encore plus impopulaires, le ministre rappela les services qu’avait rendus à l’Angleterre ce puissant instrument de finances. Il avait été son bouclier pendant la guerre ; il l’avait ensuite aidée pendant la paix à développer son industrie, et, habilement ménagé, il la mettrait encore à même, si les circonstances l’exigeaient, de défier le monde. Cependant l’obligation où se trouvait le fisc d’accepter sans contrôle possible la plupart des déclarations qui lui étaient faites favorisait l’esprit de fraude, et donnait à l’income-tax un caractère d’immoralité qui permettrait difficilement de le faire entrer d’une façon définitive et permanente dans le régime financier du pays, tandis que pour les biens-fonds le revenu pouvait être évalué d’après des bases à peu près certaines et authentiques, il fallait, pour le profit des professions diverses de l’industrie et du commerce, s’en rapporter forcément aux contribuables eux-mêmes, dont les déclarations étaient souvent loin d’être sincères, et le ministre en donna pour exemple un fait qui s’était récemment passé à Londres. Une rue allait y être démolie, et il s’agissait d’indemniser les propriétaires et locataires dépossédés. Parmi eux se trouvaient vingt-huit négocians, qui basaient leur demande d’indemnité sur un profit annuel de 48,000 Iiv. sterl. ; le jury avait réduit ce chiffre à 27,000 liv. sterl., et il avait été constaté que les déclarations faites par ces mêmes négocians pour établir leur quote-part dans l’income-tax ne portaient ce revenu qu’à 9,000 liv. st. M. Gladstone exprima le regret que dans le commerce anglais, commerce si honorable et si renommé dans le monde entier pour l’énergie et la loyauté, pussent se trouver des hommes capables de commettre de pareilles fraudes ; mais ces fraudes, inséparables de la nature humaine, l’étaient également de la taxe elle-même, et ce serait vainement, dit-il, qu’on essaierait de les empêcher et de remédier aux inégalités qui en étaient la conséquence : d’ailleurs ces inégalités étaient loin d’être les seules.

Ainsi tous les revenus, quelle qu’en fût l’origine, étaient assimilés les uns aux autres, et pourtant combien ne différaient-ils pas entre eux ! Était-il juste par exemple de taxer sur le même pied les revenus fixes de la propriété et les profits aléatoires du commerce, ceux qui étaient le produit du travail, of the skill, et ceux qui étaient gagnés sans peine, lazzy incomes, les émolumens à temps du fonctionnaire et les rentes à vie, ces dernières et les rentes perpétuelles, les profits d’une profession dont l’exercice avait exigé de