Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 90.djvu/345

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en pareil cas que l’avenir contribue aussi bien que le présent aux charges nationales, l’emprunt a l’avantage de les répartir sur l’un et sur l’autre. D’un autre côté, au point de vue économique, il serait sans doute dangereux pour un état de s’adresser constamment au crédit pour solder ses dépenses accidentelles, ou pour mettre son budget en équilibre ; mais quand il s’agit de se procurer une somme considérable pour subvenir à des besoins extraordinaires, il y a lieu d’examiner s’il n’est pas plus avantageux pour le pays de demander cette somme à des particuliers qui la tiennent en réserve plutôt que de la prélever par une contribution qui frappe tout le monde indistinctement, le pauvre comme le riche, l’industriel comme le capitaliste oisif, qui prive les uns d’une portion de leur modeste salaire, diminue chez les autres le fonds du roulement nécessaire à leur négoce, et jette dans les existences, aussi bien que dans les transactions, un trouble que plusieurs années de travail ne suffiront peut-être pas à réparer. C’est ce que comprit M. Gladstone lui-même, lorsque l’année suivante il donna son approbation à un emprunt de 16 millions de liv. sterl. contracté par son successeur, sir G. Cornewal Lewis. Il y a plus : dans la session même de 1854, quelques membres lui reprochant de se mettre en contradiction avec ses propres principes par la proposition de créer des bons à longue échéance, il ne nia pas que ces bons ne constituassent un emprunt ; mais il y avait lieu, dit-il, de distinguer entre les emprunts en rentes perpétuelles et des engagemens temporaires qui, devant être remboursés avec le produit des impôts, n’étaient dès lors qu’une perception anticipée de ces derniers. La raison parut spécieuse ; elle l’était, puisque, la faculté de renouvellement n’étant pas interdite, le remboursement pouvait être ajourné, et qu’il le fut en 1858 et en 1860, sur la proposition de M. Disraeli et de M. Gladstone lui-même. En effet ces deux ministres préférèrent alors, ainsi qu’on le verra bientôt, réduire les impôts établis à l’occasion de la guerre avant de procéder à l’extinction de la dette qu’elle avait occasionnée.

Les dépenses de 1854 s’élevèrent à 65,700,000 liv. sterl., dépassant les prévisions de 2,650,000 liv. sterl., et il fut pourvu à ce déficit par des émissions de billets de l’échiquier ; mais, des plaintes s’étant élevées de tous côtés contre la mauvaise administration et l’organisation défectueuse de l’armée, le parlement crut devoir dès l’ouverture de la session charger une commission de faire une enquête à ce sujet. Cette résolution, prise malgré l’avis du cabinet, fut considérée par lui comme un vote de défiance, et plusieurs de ses membres, parmi lesquels son chef, lord Aberdeen, ainsi que M. Gladstone, se retirèrent. On était alors au plus fort de la guerre de Crimée, et dans le projet de budget que sir G. Cornewal