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LA SCIENCE
ET
LA DEFENSE NATIONALE

Le génie de la révolution française fut à la hauteur de son patriotisme. Parmi les hommes qu’elle suscita pour combattre ses ennemis, il n’y eut pas seulement de merveilleux orateurs faits, pour enflammer les courages, de glorieux généraux qui improvisèrent pour les circonstances une admirable industrie stratégique ; il y eut encore des savans d’élite chargés d’appliquer les données de la science aux nombreux et pressans besoins de la défense du pays. Le souvenir de leur prodigieuse activité nous est revenu à l’esprit en voyant celle qu’on déploie aujourd’hui pour triompher d’obstacles non moins formidables. Il y a peut-être quelque opportunité à rappeler toutes ces audaces d’autrefois, les nobles tentatives de ces savans désintéressés se mettant corps et âme au service de là république.

Bailly, Condorcet, Monge, Borda et bien d’autres, soit comme hommes de science, soit comme hommes d’état, se signalèrent par leur généreuse ardeur dans Tune des plus terribles crises que le pays ait eu à traverser. Les débris de l’armée de Dumouriez étaient repousses déposition en position ; Valenciennes ; Condé, ouvraient leurs portes à l’ennemi ; Mayence, sous la pression de la famine, capitulait ; deux armées espagnoles envahissaient notre territoire ; les Piémontais passaient les Alpes ; les Vendéens de Cathelineau s’emparaient de Bressuire, de Thouars, de Saumur, d’Angers, menaçaient Tours et attaquaient Nantes par la rive droite de la Loire, pendant que Charette opérait sur l’autre rive ; Toulon recevait dans sa rade une escadre anglaise ; Marseille, Caen, Lyon, Lille, se révoltaient contre le gouvernement central. De tous les points de l’horizon, l’orage s’amoncelait, et pour comble les arsenaux étaient vides, les armées mal