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prussiate de potasse et une de sucre. Ce mélange est moins cher, donne moins de fumée que la poudre noire, et se prépare plus rapidement. Séduit par les qualités de cette poudre, le gouvernement en avait fait une importante commande au propriétaire de l’usine de la xue Javel, M. de Plazanet, et trente-deux tonneaux de 35 kilos chacun devaient être livrés le vendredi 7 octobre dernier. La préparation, confiée à un habile contre-maître, allait très bien, les plus grandes précautions paraissaient avoir été prises pour en assurer la célérité et la sécurité, tjuand une explosion épouvantable eut lieu l’avant-veille du jour de livraison, et y causa la mort de plusieurs ouvriers.

Indépendamment de ces poudres, destinées à lancer les projectiles ordinaires, on a étudié et résolu dans les comités scientifiques un grand nombre d’autres problèmes intéressans, tels que l’emploi de la lumière électrique pour entraver les travaux de nuit des assiégeans, l’éclairage au magnésium, l’inflammation des mines à distance, — enfin l’application des matières explosives comme moyen d’arrêter l’ennemi sur la brèche. Les abords des forts ont été semés de redoutables torpilles qui se cachent facilement à la surface du sol, et éclatent sous la pression du pied. Examinons rapidement la nature et les propriétés du contenu variable de ces torpilles, à savoir le picrate, le coton-poudre et la dynamite.

La notoriété du picrate de potasse en France date de l’accident qui eut lieu le 16 mars 1869 sur la place de la Sorbonne, dans le magasin de produits chimiques de M. Fontaine. Les caractères explosifs de ce corps avaient passé inaperçus, parce qu’en effet ils sont peu marqués. Il faut le mélanger à d’autres sels, comme l’ont fait M. Designolle et M. Fontaine, pour obtenir une poudre douée de propriétés balistiques d’une grande puissance. En 1865, des expériences furent entreprises à Brest et à Toulon, sous la direction de l’amiral de Chabannes, touchant l’emploi de torpilles sous-marines au picrate de potasse. A Brest, une vieille frégate fut mise en pièces par l’explosion d’une seule torpille ; à Toulon, une torpille, placée à 7 mètres de profondeur dans la mer, détermina en sautant la projection d’un cône d’eau a 50 mètres de hauteur. Notre manufacture du Bouchet fabrique depuis plusieurs années de la poudre au picrate de potasse ; on mélange pour l’obtenir le picrate au salpêtre et au charbon, et on en fait de petits globules. Cette poudre est surtout sensible à l’action du feu et des étincelles électriques, mais elle l’est beaucoup moins au choc. Nos ports doivent probablement être gardés par quelques torpilles de picrate.

Schonbein prépara pour la première fois en 1846 une substance qui a joué depuis un certain rôle dans les travaux publics et dans la guerre comme rivale de la poudre à canon ; nous voulons parler du