Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 90.djvu/373

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là notre vie dans ces quinze jours, dans cette étape nouvelle du siège qui commençait le 31 octobre par cette échauffourée de l’Hôtel de Ville d’où le gouvernement de la défense nationale est sorti consacré, fortifié par un vote éclatant de Paris, et qui nous laisse en présence de cette nécessité de plus en plus évidente d’un appel à la France, de la convocation d’une assemblée souveraine chargée par la nation tout entière de trancher le grand et terrible nœud de nos tristes affaires.

Après tout, il ne faut pas trop s’étonner de ces agitations et de ces inquiétudes d’une population nerveuse, inquiétudes filles d’un isolement prolongé et d’incomparables malheurs publics. Il ne faut pas s’en étonner et il ne faut pas non plus évidemment leur laisser trop d’empire sur les résolutions qu’on peut avoir à prendre. Quoi qu’il arrive maintenant, qu’une suspension d’armes puisse être signée ou que la défense doive continuer sans trêve et sans repos, qu’une assemblée nationale puisse être élue à la faveur d’un armistice ou que le pays soit réduit à nommer ses représentans dans le feu des hostilités, sans interrompre le combat, en un mot que les négociations engagées réussissent ou qu’elles échouent pour le moment, de toute façon il faut bien se dire que le devoir reste le même pour tous, que la plus dangereuse des politiques serait de subir la tyrannie des impressions maladives ou des découragemens impatiens, et que le meilleur moyen de retrouver la paix, une paix digne et sûre, c’est encore de la conquérir par l’inébranlable vigueur de la résistance, par la virilité de l’attitude, par une fermeté d’âme prête à faire face également à toutes les extrémités. En définitive, au-dessus des confusions, des mobilités ou des défaillances qui peuvent se produire, il y a le patriotisme qui domine tout, qui décide tout, qui est l’inspiration souveraine, le fil conducteur en quelque sorte, et pour ce patriotisme simple, viril, sans faiblesse aussi bien que sans illusion, il n’y a que l’une de ces deux issues, ou une paix consentie dans des conditions d’équité et d’honneur, ou la lutte acceptée jusqu’au bout avec toutes ses chances, avec ses périls, qu’on n’ignore pas, mais qu’il vaut mieux affronter que de rendre volontairement les armes devant les excès de la force. Pour toute âme française, la situation est tragique, nous n’en disconvenons pas, et plus on va, plus cette situation se resserre, se précise dans ce qu’elle a d’extrême et de redoutable. Heureusement le devoir est simple comme la situation elle-même. Il ne s’agit plus de se comporter en hommes d’imagination et de fantaisie aux prises avec l’impossible, de se laisser emporter à tous les excès opposés de l’optimisme ou du pessimisme, de céder tantôt aux exaltations puériles de ceux qui se figurent qu’il n’y a qu’à sortir en masse pour faire reculer les Prussiens, tantôt à de véritables déchaînemens de défaillance ; il s’agit d’épuiser la résistance, de tenir tant qu’on pourra, tant qu’il restera un moyen de défense, ne fût-ce que pour laisser à la fortune