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industrie. On perdait dans ces assemblées un temps précieux à écouter, — c’est encore Démosthène qui le dit, — des orateurs qui s’attaquaient et s’injuriaient les uns les autres, car jamais la république n’avait été plus divisée par les factions.

Quand la patrie était en danger, quand Philippe menaçait la Grèce et faisait avancer ses troupes, au lieu de courir à l’ennemi, on prononçait force discours, on prodiguait au roi de Macédoine les invectives, les insultes, on se laissait aller à une jactance ridicule ; on affirmait que Philippe, effrayé, assuré d’être défait, n’osait s’avancer, on préconisait des plans de campagne impossibles, on accusait les généraux d’incapacité ou de trahison. Comme le remarque également Démosthène, on parlait sans doute mieux à Athènes qu’en Macédoine, mais en revanche les Macédoniens agissaient plus efficacement ; on demandait des armées, et personne ne se présentait pour y servir. Chacun, continue-t-il, se flatte que, tandis qu’il ne fera rien, son voisin fera tout.

Dans ces assemblées, les démagogues excitaient les passions de la multitude par des harangues déclamatoires et malignes qui n’aboutissaient qu’à entraver les résolutions sensées. Ils adressaient à cette foule ignorante et désœuvrée les flatteries les plus ridicules, l’amusaient de ces fausses nouvelles que colportaient les nouvellistes, autour desquels on s’empressait plus qu’aux registres d’enrôlement. Ces démagogues faisaient à la populace mille promesses irréalisables, et lui promettaient en particulier la distribution des biens des riches, car alors déjà la propriété était l’objet de vives attaques de la part de ceux qui y aspiraient, parce qu’ils n’avaient pas su l’acquérir par leur travail, ou qu’ils l’avaient perdue : parleur inconduite. Démosthène fait à l’existence de ces partageux d’Athènes plusieurs allusions ; il recommande aux pauvres de respecter le droit de propriété des riches. Aristote nous apprend que les choses se passaient de la même manière en d’autres démocraties de la Grèce. Ceux qui attaquaient les riches étaient toujours assurés de la faveur populaire, et ils se faisaient ainsi des électeurs pour être nommés aux magistratures. D’ailleurs le luxe, la prodigalité, la vie facile des classes aisées, excitaient l’envie chez les classes indigentes, et l’accroissement des besoins factices exposait aux séductions corruptrices la probité des magistrats et des agens de l’état. Les exemples de concussion, de malversation, se multipliaient à la ville comme à l’armée. On voyait un général, Charès, voler une partie des fonds qu’il aurait dû verser au trésor, et acheter l’impunité en prenant les principaux orateurs à sa solde. Les triérarques, qui recevaient de l’état une certaine somme d’argent pour équiper des vaisseaux, vendaient au rabais l’entreprise à des