Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 90.djvu/510

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mais les inconvéniens de cet impôt, dont nous ne saurions conseiller l’établissement en France, sont moindres en Angleterre, où la propriété immobilière n’est soumise directement, aussi bien que la propriété mobilière, qu’à des taxes insignifiantes. Peu à peu même, en présence des services qu’il y a rendus et des avantages qu’il a permis de réaliser, les plaintes au sujet de l’income-tax sont devenues moins vives, et le pays s’est habitué à le compter parmi ses ressources ordinaires. Aussi dans la séance du 11 avril dernier, au moment où le chancelier de l’échiquier faisait la proposition de le réduire d’un cinquième, plusieurs membres l’ayant interrompu pour lui demander quel en serait désormais le taux, le ministre s’empressa de répondre qu’il était satisfait d’entendre une pareille question, puisque l’ignorance de ses auteurs au sujet de l’importance de la taxe témoignait de la facilité avec laquelle elle était actuellement supportée.

Quant au régime administratif, il a eu constamment pour objet d’écarter toutes les dépenses de fantaisie, de n’entreprendre que celles exigées par l’honneur et l’intérêt du pays, de les faire largement alors pour répondre à des besoins sérieux, mais, ces besoins une fois passés, de revenir au plus tôt à l’état normal, et d’établir le budget de façon à y préparer les ressources nécessaires pour acquitter pendant la paix les engagemens contractés pendant la guerre. C’est ainsi qu’ont pu être remboursés les emprunts contractés à l’occasion des guerres de Crimée et d’Abyssinie, que les arrérages de la dette se trouvent aujourd’hui d’un million de liv. st. moins élevés qu’ils n’étaient en 1852. Il est vrai que les dépenses excèdent de 10 millions de livres celles de cette époque, et au milieu des mouvemens de toute nature, politiques, industriels, militaires, qu’a traversés l’Europe dans ces dix-huit dernières années, quel est celui de ses états qui n’a pas dû accroître les siennes ? En France, l’augmentation a été presque du triple de ce qu’elle a été en Angleterre, et dans cette augmentation l’intérêt seul de la dette figure pour un tiers. Ces différences disent assez l’avantage qu’il y a pour un pays à gérer lui-même ses propres affaires plutôt que d’en abandonner la direction à un pouvoir sans contrôle. Aussi finirons-nous en exprimant le vœu que, sortie de la cruelle épreuve qu’elle traverse en ce moment, la France, rendue à elle-même et instruite par l’expérience, ne se laisse plus aller au sentiment d’une folle terreur ou d’une gratitude sans raison, et qu’elle garde désormais pour elle seule le droit de régler ses destinées,


A. CALMON.