Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 90.djvu/512

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Valteline, jusqu’à la gorge de Martinsbruck, la frontière du Tyrol. Dominée par une couronne de glaciers et de pics couverts de neiges éternelles, l’Engadine ou la vallée de l’Inn, longue d’environ 75 kilomètres, a des aspects vraiment étranges, même à côté de tous les sites merveilleux des régions alpestres. Elle est si étroite qu’il ne faut pas plus d’un quart d’heure, pour la traverser en certains endroits ; et à peine une demi-heure dans les parties les moins resserrées. Cependant, sur cet espace singulièrement restreint, sur ce sol ingrat, nous allons rencontrer de nombreux villages, des demeures élégantes, une population intelligente de près de 10,000 âmes. En suivant le cours de l’Inn, on aperçoit au sud-est l’entrée du val de Casanna et sur la pente opposée une branche du mont Scaletta, qui descend dans la vallée ; au-dessous une gorge profonde toute garnie de sapins marque la limite entre la Basse-Engadine, voisine du Tyrol, et la Haute-Engadine, que le massif du Bernina borne du côté de l’Italie.

La Haute-Engadine est la portion intéressante de la longue vallée des alpes rhétiques. Longtemps laissée presque dans l’oubli, elle est aujourd’hui fréquentée par les étrangers pendant la belle saison. Il y a moins d’un quart de siècle, croyons-nous, un habitant de Genève eut envie de connaître ce pays. Très émerveillé de ce qu’il avait observé, il excita la curiosité de ses compatriotes par les plus séduisantes descriptions. A partir de ce moment, beaucoup de Suisses allèrent visiter le petit coin ; si vanté de la confédération helvétique, et bientôt y vinrent chaque année des Allemands, des Anglais, des Italiens, même des Américains, les uns attirés par la magnificence de la contrée, les autres-par une grande confiance dans les propriétés curatives des eaux minérales de Saint-Moriz. Seuls, les touristes français parcourant la Suisse, pleinement satisfaits d’avoir admiré l’Oberland et le lac des Quatre-Cantons, d’avoir entrepris l’ascension du Grindelwald et du Rigi, d’avoir couché à Zermatt, s’aventurent rarement au milieu des alpes rhétiques.

On n’éprouve aucune difficulté pour se rendre dans la Haute-Engadine ; la voie est parfaitement tracée de Coire à Samaden et à Pontresina, en passant par le col du Julier ou par le col de l’Albula. A pied, le voyage est charmant ; en diligence, il est encore fort agréable, si : l’on est placé de façon à ne rien perdre du paysage, dont les aspects changent presque à chaque pas. Avant de sortir de la ville de Coire, commence déjà la montée rapide ; la route s’élève en longue spirale et atteint un plateau. C’est l’instant de regarder en arrière : sur les lianes apparaissent de sombres forêts de pins, dans le fond la capitale du canton des Grisons ; vers l’ouest, une rivière semblable à un fil d’argent, la Plessur, sillonne la vallée