Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 90.djvu/519

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La végétation de la Haute-Engadine offre un aspect sévère et grandiose. Des bois d’arbres résineux ont une physionomie étrange aux yeux du voyageur, qui n’a rien vu de pareil eu d’autres parties de la Suisse ou même en Europe. Ces arbres sont des arolles et des mélèzes ; le pin sylvestre, si commun dans les Alpes, ne prospère pas dans la vallée que dominent le piz Languard, le Roseg et les glaces du Bernina. Rien de ravissant comme les groupes d’arolles auxquels sont associés des mélèzes. Les premiers ont le feuillage sombre des plus et des sapins, les autres le feuillage d’un vert tendre ; l’opposition des teintes est saisissante lorsqu’une vive lumière est répandue dans l’atmosphère. On songe alors aux rives de a Méditerranée, où les orangers se détachent coquettement sur un fond composé de massifs d’oliviers et produisent un semblable contraste. Seulement le cadre n’est pas le même : ici, le beau ciel, la mer bleue, les montagnes empourprées par le soleil ; là, l’air froid, les tapis de gazon, un entourage de glaciers d’un-éclat éblouissant.

Les arolles, appelés encore du nom de cèdre des Alpes (pinus cembra), ne sont pas uniquement la parure de la vallée de l’Inn ; ils sont aussi la richesse du pays. Ces beaux arbres qui s’élèvent jusque la hauteur de 30 à 40 mètres, ayant un tronc droit et dégarni, des branches étalées et verticillées, se terminent par une cime en forme de pyramide. Les feuilles roides, longues et grêles, véritables aiguilles naissant par groupes de cinq, sont serrées à l’extrémité des branches, qui, entraînées par le poids, fléchissent gracieusement. Les cônes, fort gros, ovoïdes, d’un ton violet avant la maturité, devenus bruns aux approches de l’hiver, sont revêtus de larges écailles, et les graines, assez volumineuses, ayant un goût agréable, sont fort recherchées dans la contrée, où la terre procure peu de chose pour l’alimentation de l’homme ; mais le bois est autrement précieux, il fournit les matériaux de construction et le combustible si nécessaire sous un climat rigoureux. Léger, blanchâtre, ou d’une teinte rosée, brunissant un peu par une longue exposition à l’air avec un tissu très fin, facile à tailler, il offre des avantages inestimables, et il plaît encore par l’odeur balsamique qu’il répand. Lorsqu’on visite l’intérieur de certaines maisons de la Haute-Engadine, on croirait volontiers que le bois du cèdre des Alpes, particulièrement propre à la sculpture, est donné à l’ornemaniste pour montrer toutes les ressources du talent. L’arolle, abondamment répandu dans la Haute-Engadine et sur quelques points du Valais, pospère peu dans les autres parties de la Suisse, et il faut aller jusqu’aux monts Ourals et en Sibérie pour trouver à ce bel arbre une autre patrie.

Le mélèze n’est étranger à personne ; on le voit eu abondance sur