Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 90.djvu/552

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de guerre, il y a quinze jours environ, ont changé peu de chose à la composition des cadres. Ajoutons toutefois que ces appréciations générales comportent des exceptions, et que de plus les officiers, quelle que soit leur origine, ont acquis en trois mois une somme d’expérience dont on doit tenir compte.

Des officiers, passons à la troupe. Il y a plaisir à constater d’abord que, même avant la formation des compagnies de guerre, pour lesquelles on a doublé le temps des exercices, la masse était déjà généralement bien instruite. Dans tous les bataillons, les hommes, depuis plus de deux mois, ont été chaque jour formés au maniement des armes. Ils sont devenus familiers avec la charge du fusil et l’escrime à la baïonnette. L’école de tirailleurs, l’école de bataillon, les manœuvres laissent quelque chose à désirer ; mais des progrès sérieux et rapides peuvent maintenant être obtenus. De plus, si l’on n’est encore aguerri ni au feu ni même aux fatigues des longues marches, on a du moins appris à supporter la pluie, le froid et les nuits d’hiver passées sous la tente il serait ridicule d’exagérer les rigueurs de ce noviciat militaire ; cependant elles sont parfois réelles et bien faites en cette saison pour accoutumer à la dure. Chaque jour, les divers bataillons fournissent un nombre d’hommes déterminé pour le service des remparts. On s’assemble à huit heures au lieu ordinaire de réunion, et l’on se met en route en emportant avec soi la couverture dans laquelle on s’enroulera pendant la nuit et le sac chargé des provisions de la journée. On arrive au secteur. Les compagnies désignées pour occuper les bastions ou les portes vont relever la garde descendante, tandis que celles dont le tour est venu de se tenir en réserve s’installent à proximité dans divers édifices, gares de chemins de fer, écoles, anciennes casernes d’octroi, ou encore dans les baraquemens en planches construits le long de la route militaire. Tout Parisien sait à peu près ce qu’est une journée passée au bastion. Les gardes ont pris possession des quelques tentes où l’on doit trop souvent s’entasser vingt et plus, bien qu’elles ne contiennent chacune que sept ou huit couchettes ; ces couchettes de crin, étroites et dures, ont été substituées aux bottes de paille que l’on avait naguère, et sur lesquelles on dormait bien mieux. On attend alors que le chef de poste ait réglé, selon le nombre de ses hommes, les quatre ou cinq heures de faction que chacun doit faire. Après cela, l’on emploie à sa guise le temps dont on peut disposer. Les uns engagent d’interminables parties de bouchon, les autres, malgré le règlement, tentent les hasards de l’écarté on du piquet ; d’autres préfèrent causer des événemens du jour, soit entre eux, soit avec les artilleurs de garde auprès des canons et des poudrières, ou avec les douaniers qui occupent au bas du talus les postes-casernes. Quelques-uns obtiennent des permissions ou s’échappent ; ils vont en excursion au-delà des remparts, s’ils ne s’enferment pas dans la salle de billard d’un café. Beaucoup enfin font