Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 90.djvu/554

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demie du soir, défense aux cantiniers de vendre plus d’un demi-litre de vin par homme et par jour, etc. ; mais la vérité est que, dans ces matières comme pour le reste, les instructions données ne reçoivent pas même un commencement d’exécution. Quand on le voudra fermement, il sera facile de réprimer ces abus ; qu’on veuille donc, et qu’on mette à tout prix et au plus vite un terme à ce désolant spectacle.

On peut en dire autant de l’esprit d’indiscipline, qui fait un singulier contraste avec le patriotisme des paroles, L’ivrognerie suffirait seule à expliquer beaucoup de faits d’insubordination, petits en apparence, graves à cause de l’exemple et de la multiplicité ; mais la mauvaise tenue, qui choque dans trop de bataillons, dépend aussi de plusieurs autres causes. On a déjà vu qu’il y avait lieu d’adresser de grands reproches à l’état-major, surtout pendant les deux mois de commandement du général Tamisier. Non-seulement l’organisation première a été mal conçue et mal exécutée ; mais une fois l’enrôlement fait et les bataillons constitués, on semble s’être appliqué sans relâche à rédiger jour par jour une série d’ordres si diffus, si obscurs, si contradictoires, que les officiers, désespérant de se reconnaître dans ce chaos, ont renoncé à les interpréter. De cette quantité d’instructions, dont les unes ont été rendues publiques et dont les autres demeurent cachées dans les livres tenus par les fourriers, il n’en est pas une, pour ainsi dire, qui ne soit restée lettre morte. Un pareil système est évidemment peu favorable au maintien de la discipline. Abandonnées à elles-mêmes, les compagnies ont senti quelquefois l’impulsion que le chef de bataillon leur donnait selon son gré et sous sa responsabilité ; elles n’ont jamais senti celle du commandant supérieur, et rarement les capitaines ont eu d’autre guide que leur instinct et leurs propres lumières : inconvénient d’autant plus regrettable que dans les cadres d’officiers l’insuffisance était plus générale. Nous ne surprendrons personne en ajoutant que, sur ce chapitre de la discipline, un certain nombre d’officiers ont laissé voir de l’indifférence, et même une complaisance impossible à excuser. Ce qui a contribué du reste à rendre la sévérité du commandement plus difficile, c’est que les moyens de répression, fort énergiques sur le papier, sont en pratique à peu près dérisoires. Si par extraordinaire un jour de garde une punition est infligée, si un homme passe la nuit à la salle de police, celui-ci, loin de regretter sa place au bastion et sous la tente, s’y trouvera bien mieux traité et plus au chaud. Un autre point qu’on ne peut taire, quoi qu’il en coûte, c’est que le contact de l’armée régulière a eu presque toujours des résultats bien différens de ceux qu’on aurait attendus. Le service des remparts n’est pas uniquement confié à la garde nationale ; des militaires de différentes armes se trouvent aussi sur les bastions ou dans le voisinage. En outre, on se rencontre fréquemment dans les cabarets et dans les cantines. Or, au lieu d’un double enseignement, il y a eu la double danger, — la