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l’un des deux vienne à varier, même en peu de chose et dans d’étroites limites, le résultat est forcément altéré et parfois d’une façon très inattendue. Toute question d’acclimatation constitue donc en réalité un problème à part, se décomposant parfois lui-même en plusieurs cas particuliers, qui comportent chacun une solution spéciale. Sans sortir de nos colonies, nous pouvons encore citer à ce sujet un exemple des plus frappans.

Les anthropologistes ont souvent mis en question la possibilité pour l’Européen de s’acclimater dans les archipels du grand golfe mexicain. Au premier abord, il est vrai, un certain nombre de faits généraux semblent mettre l’affirmative hors de tout débat. Depuis la découverte de l’Amérique, ces îles ont toujours été occupées par nous ; la race blanche, traînant le nègre à sa suite, y a remplacé partout la race caraïbe. A cela, on répond que ces îles sont un des points du globe qu’affectionne le plus l’émigration, et que cette dernière entretient seule une population qui, livrée à ses seules forces, serait bientôt anéantie par ce milieu dévorant. Les statistiques publiées par M. Ramon de la Sagra conduiraient à regarder l’acclimatation des Espagnols à Cuba comme un fait accompli ; mais M. Boudin, opposant des chiffres à des chiures, conclut dans un sens différent. M. Simonot regarde les créoles français de la Martinique et de la Guadeloupe comme s’étant pliés aux exigences du climat. Il y a vu des individus bien près d’être centenaires, des familles où le frère et la sœur, appartenant à une seconde génération de pur sang créole, avaient, l’un sept, et l’autre onze enfans vivans. Cependant M. Bertillon, partant des chiffres qu’il a recueillis, refuse encore à la race française la possibilité de s’acclimater définitivement dans nos deux îles mexicaines.

Pour résoudre la question en ce qui nous touche de plus près, ne parlons que de ces dernières, et faisons remarquer d’abord que les Français n’ont colonisé la Guadeloupe et la Martinique que depuis deux cent trente-cinq ans. Même en comptant quatre générations par siècle et en forçant les nombres, on voit que dix générations au plus se sont succédé sur ces terres, dont le milieu est des plus meurtriers pour l’Européen. Il en a fallu plus de vingt pour acclimater les oies à Bogota, et certes, en présence des faits attestés par M. Simonot, nous n’hésiterons pas à partager ses convictions. Si la race française n’est pas encore entièrement acclimatée à la Martinique, à la Guadeloupe, on peut affirmer qu’elle le sera bientôt.

Pourtant les statistiques attestent un excédant des décès sur les naissances. Sans doute, mais les renseignemens qu’elles fournissent ont été présentés sans distinction. On a réuni les créoles anciens et nouveaux, aussi bien que les immigrans de la veille, dans une appréciation commune ; on a confondu ainsi des élémens au fond très