Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 90.djvu/625

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Bien que les ateliers des gares du Nord et d’Orléans soient chacun en mesure de fabriquer avec les bras et les outils dont ils disposent un ballon par jour, et qu’au prix où se paie le port d’une lettre par cette voie (20 centimes par 4 grammes), l’administration des postes soit loin d’être en déficit, ce n’est pas au chiffre d’un départ par jour que l’on nous a mesuré les courriers aérostatiques depuis le commencement du siège. Il faut néanmoins tenir compte à la poste du zèle dont elle a fait preuve dans l’installation des transports aériens, il faut reconnaître que le nouveau directeur-général a mis dans ce service une si grande diligence, qu’à l’heure qu’il est toutes les lettres pour l’extérieur ne restent pas plus d’un jour ou deux dans les boîtes de Paris.

Quelques détails statistiques ne seront peut-être pas ici hors de saison. Depuis le 23 septembre, époque où est parti le premier ballon lancé par l’administration des postes, jusqu’à la fin de novembre, trente ballons ont quitté Paris, emportant chacun en moyenne 2 voyageurs, 2 ou 300 kilogrammes de dépêches et plusieurs couples de pigeons. La plus grande distance parcourue n’excède pas 200 kilomètres, sauf cependant le merveilleux voyage d’un de ces ballons, qui de Paris est allé tomber en Norvège, à Christiania. Un autre est allé toucher terre en Hollande, un troisième au-delà de Metz. Hors de ces cas, la durée des parcours s’est bornée chaque fois à quelques heures. Un grand nombre de pigeons, ne sont pas revenus, et les éleveurs disent que la saison où nous sommes en a été la principale cause ; on ignore du reste le sort de la moitié des ballons. On sait seulement que quelques-uns sont tombés aux mains des Prussiens, et que M. de Bismarck a l’étrange idée d’appliquer aux aéronautes qu’il a faits prisonniers les peines les plus sévères de ses cours martiales. Le droit des gens n’a pas cependant prévu ce moyen de franchir des lignes ennemies ; mais le chancelier de la confédération germanique, donnant une fois de plus la preuve de son mépris de toutes les lois humaines, prétend traiter des aéronautes inoffensifs comme des espions. Si l’on veut d’ailleurs savoir à quelles épreuves émouvantes sont exposés aujourd’hui les aéronautes qui s’en vont de Paris, un pigeon parti le 12 octobre avec le ballon le Washington, lancé de la gare d’Orléans à huit heures et demie du matin, va nous le raconter. Remarquons tout d’abord que ce pigeon n’est rentré à Paris que le 5 décembre, c’est-à-dire qu’il a mis près de deux mois à revenir. Le ballon était parti de Paris dans une direction nord avec une vitesse de 15 lieues à l’heure. Il avait traversé les avant-postes prussiens par une fusillade très nourrie. Les projectiles sifflaient à 800 et 900 mètres, et les voyageurs n’avaient trouvé la sécurité qu’au-dessus de 1,100 mètres. Même accueil à