Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 90.djvu/633

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vent du nord-ouest, « ce fléau de Provence, » comme l’appelaient nos pères, est quelquefois si violent que les locomotives elles-mêmes, quand elles traversent de Marseille à Arles la plaine de la Grau, sont notablement retardées dans leur marche par le mistral, et que souvent l’adjonction d’une locomotive de secours est reconnue indispensable ? Comment, eu égard à tous ces faits, un ballon léger, gonflé, d’un gaz moins lourd que l’air, présentant une forme sphérique assurément très peu résistante, bien que ce soit celle qui, pour le même volume, offre la plus petite surface, comment cette frêle bouée tiendra-t-elle dans les tempêtes de l’air ? Le problème ainsi posé n’est pas même discutable, et l’on comprend que l’Académie des Sciences, dès les premiers jours, ait refusé de s’en occuper plus longtemps. Les inventeurs avaient beau prodiguer les gouvernails, les rames, les palettes, les voiles et même les hélices ; on leur répondait invariablement que leur invention était chimérique.

Les choses en étaient là quand, il y a quelques années, une société d’aéronautes, de savans, d’ingénieurs et aussi de simples amateurs que préoccupait la recherche de la navigation aérienne, se forma, et eut enfin l’idée de poser le problème dans ses véritables termes, c’est-à-dire d’employer pour la navigation aérienne des appareils plus lourds que l’air (la formule devint bientôt populaire), et de faire usage, pour se diriger dans l’atmosphère, des systèmes que la mécanique moderne et surtout le vol des oiseaux, depuis quelque temps si merveilleusement étudié, semblaient tout naturellement indiquer. « Puisqu’on emploie une machine pour donner la propulsion aux navires sur l’eau, ayez-en une sur vos navires aériens, » disait le nouveau cénacle aux nombreux inventeurs qui lui apportaient et lui soumettaient leurs plans. « Puisque les oiseaux se dirigent à volonté dans l’atmosphère, ajoutait-il, et que les plus lourds, les plus forts vont le plus haut, le plus loin, et volent le plus vite, témoin l’albatros, la frégate, le condor des Andes, l’aigle des Alpes, etc., ne craignez pas, en construisant vos machines aériennes, d’en augmenter les dimensions, d’enlever un trop grand poids. » Et l’on citait ce petit appareil alors récemment imaginé pour le jeu des enfans, le spiralifère, qui s’élève dans l’air, vole, et même, lancé d’une certaine façon, retourne au point de départ, tout cela par suite d’une force initiale dégagée par le déroulement rapide d’une ficelle préalablement enroulée autour de l’axe de la petite machine. L’un de ces chercheurs eut l’idée d’imaginer un appareil de navigation aérienne fondé sur ce principe. Au moyen d’un ressort monté comme celui des tournebroches, il mettait en tension une petite hélice qui, en tournant, enlevait dans l’air une cage dans