Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 90.djvu/742

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affaires de la paix de Westphalie, « paix sacrée, s’écrie Schiller, et qui devait reposer sur d’inébranlables fondemens ! chef-d’œuvre de la sagesse humaine, dont les effets salutaires ne sauraient être oubliés par tout cœur allemand ! » Si les cœurs allemands sont égarés aujourd’hui par une influence étrangère à la véritable et antique Allemagne, ils ne furent point ingrats en 1648 à Munster, lorsque le tour fut arrivé de régler les satisfactions dues à la France pour le secours qu’on en avait reçu pendant la guerre de trente ans. Il ne se trouva, pour vrai dire, à Munster qu’un seul opposant, puissant, mais isolé, la maison d’Autriche, et son opposition s’expliquait, se justifiait même par un intérêt tout personnel, étranger à l’Allemagne, quoique le sort de la paix en dépendît. L’affaire de l’Alsace au congrès de Westphalie fut tout un drame. Quelques détails préliminaires sont indispensables pour en avoir la parfaite intelligence. A la chute de la maison de Souabe, au XIIIe siècle, le territoire alsacien se trouva soumis aux lois de plusieurs maîtres, tels que les comtes de Ferrete, de Ribeaupierre, de Hanau, de Lichtenberg, qui, relevant jadis du duché d’Alsace, désormais éteint, relevèrent immédiatement de l’empereur, — l’évêque de Strasbourg, grand seigneur terrien, chef militaire et chef d’église, — les villes impériales, libres dans leur administration, mais relevant féodalement de l’empire, — enfin le landgraviat ou comté provincial d’Alsace, espèce de lieutenance générale des ducs de Souabe, qui, tout en occupant le trône impérial, avaient voulu garder le titre de leur duché. Ce landgraviat, d’abord viager, puis héréditaire, appartenait à la maison de Habsbourg dès le XIe siècle, peut-être avant. Il se substitua en quelque sorte au duché lorsque celui-ci fut éteint. L’Alsace étant divisée en haute et basse Alsace, le nordgau et le sundgau, le landgraviat fut également divisé : celui de la Basse-Alsace sortit pendant quelque temps de la maison de Habsbourg ; celui de la Haute-Alsace y demeura toujours. C’est là que l’élection à l’empire trouva Rodolphe, qui conserva le landgraviat, quoique empereur, et le transmit à sa descendance. Au XVIIe siècle, une branche cadette de la maison de Habsbourg, celle d’Insprück, possédait le landgraviat et en touchait les revenus pendant que les aînés siégeaient sur les trônes de l’empire et de l’Espagne. Ainsi le landgraviat d’Alsace était un patrimoine personnel de la maison de Habsbourg.

Lorsque la question des satisfactions dues à la France fut portée au congrès dès l’année 1646, les plénipotentiaires français formèrent la demande de l’abandon de l’Alsace, et l’habileté du comte de Trautmannsdorf s’efforça de conjurer cet orage. Il chercha d’abord à provoquer une opposition patriotique au sein de l’assemblée d’Osnabrück. La France, disait-il, avait jadis obtenu, à titre