Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 90.djvu/754

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France cette haine immortelle dont on se fait un prétexte de conquêtes. Et avec cela où va-t-on ? On ne crée évidemment qu’une nécessité de guerre indéfinie avec un avenir de hasards sanglans. Non, ce n’est pas plus d’un vrai politique que les fourberies et les mensonges dont on se fait une arme contre nous ne sont dignes d’une puissance militaire qui a le respect d’elle-même, et qui a confiance dans l’ascendant de sa force.

Que M. de Bismarck, avec sa froideur sceptique et sa brutalité de hobereau prussien, poursuive l’œuvre de haine et de destruction nationale dont il s’est fait un jeu, qu’il nourrisse l’Allemagne de cette funeste et meurtrière pensée qu’elle peut impunément se jeter sur une nation qui ne lui a rien fait, qui n’a eu envers elle d’autres torts que de lui prodiguer ses sympathies, d’être hospitalière pour ses enfans, de trop exalter ses travaux, qui souvent après tout ne valaient pas mieux que les nôtres ; qu’ils continuent, tous ces envahisseurs, à piétiner notre sol sanglant, à ruiner nos villes et à saccager nos campagnes ! Il y a des rémunérations supérieures, il y a une justice infaillible dont l’Allemagne sentira un jour ou l’autre le poids en expiant la débauche de violence dont on l’étourdit. Pour notre gouvernement, aujourd’hui il n’y a qu’un devoir et qu’un mot d’ordre, comme il l’a dit en publiant sa réponse à la communication de M. de Moltke : combattre ! Il a combattu, il va combattre encore, et jamais assurément, quoi qu’en disent les scribes de M. de Bismarck répandus dans une certaine presse européenne, jamais une population de deux millions d’âmes, soumise à de telles épreuves, exposée à tant de besoins et à tant d’excitations, n’aura été plus ferme, plus simplement virile, devant cette extrémité d’un siège inattendu.

Cette population parisienne dans son ensemble a été par son esprit, par sa résolution, à la hauteur de l’épreuve qui lui était infligée, et ce qu’il y a de frappant, c’est que plus on avance dans le siège, plus s’opère en quelque sorte naturellement la séparation des bons et des mauvais élémens. Les bons élémens se sont trouvés immenses, les mauvais montrent ce qu’ils sont et ce qu’ils valent. Tous ces bruyans guerriers et agitateurs de Belleville qui ne devaient avoir qu’à paraître pour mettre les Prussiens en fuite, les voilà qui, à leur première rencontre avec l’ennemi, n’ont certes pas une tenue des plus héroïques ; ils se débandent, et provoquent le juste décret de dissolution et de désarmement qui a frappé leur bataillon. M. Gustave Flourens lui-même finit par être traduit devant un conseil de guerre pour n’être point étranger aux exploits de ses « braves tirailleurs, » et aussi pour avoir usurpé des titres, du galon, car pour ces républicains il faut toujours du galon, ils ne peuvent être comme tout le monde, il faut qu’ils commandent partout où ils paraissent. Le chef supérieur de la garde nationale, M. Clément Thomas, a fait résolument et vertement cette exécution