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chéologie préhistorique et de la paléontologie humaine. À peu près partout où l’on a cherché en Europe, on a reconnu l’existence d’hommes antérieurs à toute histoire. Un certain nombre a vécu aux époques géologiques qui ont précédé immédiatement celle que nous traversons. Cette existence est attestée par les produits d’une industrie, rudimentaire sans doute, mais qui accuse aussi parfois des instincts élevés prêts à se développer. Malheureusement ces ouvriers des anciens jours nous sont connus d’ordinaire par leurs œuvres seules : les fossiles humains sont encore bien rares ; toutefois de l’ensemble des observations recueillies jusqu’à ce jour ressortent déjà quelques conclusions dont l’importance ne saurait être méconnue. Quand vivaient en France le rhinocéros et l’éléphant, le renne et le bœuf musqué, ce qui existait de l’Europe avait déjà ses habitans. Ces populations primitives se ressemblaient par des caractères ostéologiques communs [1]. Certains détails d’importance secondaire établissaient entre elles des distinctions analogues à celles qui séparent de nos jours les peuples issus de la même souche. À en juger par l’abondance des armes, des outils que l’on recueille, ces populations devaient être, au moins par places, aussi denses que le permet la vie des peuples chasseurs.

Telle est la grande formation humaine que les Aryens envahirent à des époques diverses, et dont plusieurs nous sont cachées par la nuit des temps. Nous pouvons néanmoins juger jusqu’à un certain point de ce qui dut se passer. Les races allophyles ne furent pas exterminées. Pour qu’une race, une nation disparaisse en entier, il faut des circonstances exceptionnelles, il faut que la lutte ait lieu sur un terrain limité et circonscrit, dans une île par exemple. C’est ainsi que les Espagnols ont pu anéantir la race caraïbe dans les archipels du golfe du Mexique. Sur le continent, il en a été tout autrement. Malgré les massacres accomplis par les conquistadores, la race locale forme encore le fond de la population dans toute l’Amérique espagnole et portugaise. Ici pourtant il n’y avait pas seulement antagonisme de race et guerre à outrance ; il y avait en outre du côté des Européens la supériorité des armes, la force que donne la civilisation, le dédain qu’elle inspire pour la vie de l’homme sauvage ou prétendu tel. Entre les Aryens et les allophyles, il n'exis-

  1. M. Pruner bey, qui le premier a nettement formulé cette proposition, a rencontré d’abord une opposition assez vive. Il y avait sans doute dans les premières opinions de l’éminent anthropologiste certaines exagérations et des lacunes tenant à l’état de la science. Les faits permettent aujourd’hui de faire la part des unes et des autres tout en rendant justice à l’auteur, et quelques-uns des écrivains qui ont le plus combattu ses idées me paraissent bien près d’adopter ce qu’elles ont d’essentiel. (Voyez le Précis de paléontologie humaine, par le docteur Hamy.)