Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 92.djvu/249

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ne peux souffrir que, pour ne pas avouer les fautes de son parti, on calomnie son pays avec cette merveilleuse facilité. Étrange patriotisme que celui qui outrage la France devant l’ennemi !

Ce soir on décommande la levée des hommes mariés. Pourquoi l’avoir décrétée ?

9 décembre.

Petite dépêche rendant compte d’un petit engagement à Bois-le-Duc. Le général d’Aurelle de Paladines a donné sa démission, ou on la lui a fait donner. On a nommé quatre généraux. Les Prussiens sont à Vierzon depuis hier ; cela, on n’en parle pas, mais les passans qui fuient, entassés avec leurs meubles dans des omnibus, le disent sur la route.

Grande panique. Des gens de Salbris et d’Issoudun passent devant notre porte, emmenant sur des charrettes leurs enfans, leurs meubles et leurs denrées. Ils disent qu’on se bat à Reuilly. Les restes de l’armée de la Loire sont ralliés, mais on ne sait où Bourbaki est à Nevers pour se mettre à la tête de quatre-vingt mille hommes venant du midi ou de cette déroute, on ne sait.

11 décembre.

Le ministre de la guerre va, dit-on, à l’armée de la Loire pour la commander en personne. J’espère que c’est une plaisanterie de ses ennemis ; ce qu’il y a de certain, c’est que le gouvernement de Tours se sauve à Bordeaux : c’est le cinquième acte qui commence. Le public va bientôt apprécier ; la panique continue. Maurice va aux nouvelles pour savoir s’il faut faire partir la famille. Nous avons des voisins qui font leurs paquets, mais c’est trop tôt ; nos mobiles sont toujours à Châteauroux sans armes et sans aucun commencement d’instruction ; on ne les y laisserait pas, si l’ennemi venait droit sur eux, à moins qu’on ne les oublie, ce qui est fort possible. Les nouvelles de Paris sont très alarmantes, ils ont dû repasser la Marne ; que peuvent-ils faire, si nous ne faisons rien ?

12 décembre.

Dégel. Après tant de neige, c’est un océan de boue. Autre lit pour nos soldats !

13.

La panique reprend et redouble autour de nous. Depuis que nous sommes personnellement menacés, nous sommes moins agités, je ne sais pourquoi. Je tiens à achever un travail auquel je n’avais pas l’esprit ces jours-ci, et qui s’éclaircit à mesure que je compte les heures qui me restent. Tout le monde est soldat à sa manière ; je suis, à la tête de mon encrier, de ma plume, de mon papier et de ma lampe, comme un pauvre caporal rassemblant ses quatre