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ESSAIS ET NOTICES.




Le Redresseur, rectification raisonnée des principales fautes de français, par P.-G. de Damas, correspondant de l’Institut de France, officier de l’instruction publique, 1 vol. in-12 ; 1871.

Un savant lorrain qui, Dieu merci, reste un savant français, M. le baron Guerrier de Dumast, s’est donné pour mission, depuis cinquante ans, de combattre tous les genres d’erreurs accréditées parmi nous : histoire, archéologie, linguistique, jurisprudence, il est peu de sujets auxquels il n’ait touché, semant partout d’une main libérale d’utiles vérités. Dans un récent opuscule, il se plaît à rappeler toutes les initiatives fécondes que la civilisation doit à la Lorraine, depuis les établissemens de Brunehaut jusqu’aux réformes agricoles de Matthieu de Dombasle : nul Lorrain n’a porté plus loin cet esprit d’initiative dont il fait honneur à son pays. Aujourd’hui il ne dédaigne pas de l’appliquer à des questions de grammaire française. Il fait la guerre aux solécismes avec une ardeur aussi juvénile que lorsqu’il faisait appel aux rois et aux peuples de l’Europe en faveur de l’indépendance de la Grèce.

Dans un siècle de libre examen, M. de Dumast n’a pas cru que l’autorité des grammairiens et l’usage des bons auteurs tussent des raisons suffisantes pour proscrire les locutions incorrectes. Il se livre sur chacune d’elles à une discussion en forme, dans laquelle il sait invoquer tour à tour l’étymologie, l’analogie des autres langues et des raisons de sens commun, qui ne sont pas dans sa main l’arme la moins redoutable. On lui a reproché de se montrer trop savant dans ces discussions, qui ne doivent viser qu’à redresser ceux qui parlent mal, c’est-à-dire les ignorans. Le reproche serait fondé, si le mauvais langage était toujours une preuve d’ignorance. Hélas ! la plupart des fautes qui excitent la juste indignation du savant linguiste ne se rencontrent que trop dans la conservation et dans les écrits des hommes les plus éclairés.

On pourrait signaler bien des lacunes dans le livre de M. de Dumast, s’il avait eu la prétention de faire un traité complet et méthodique de cacologie ; mais il n’a voulu que combattre quelques-unes des fautes les plus grossières qui menacent de s’introduire dans la langue, sous le couvert de la littérature elle-même. Tel qu’il est, ce petit volume est un chef-d’œuvre de bon sens et de bon goût, et, ce qui ne gâte rien, de polémique spirituelle et vigoureuse. Nous citerons particulièrement les articles soi-disant pour prétendre, savoir pour falloir, chance pour bonheur, etc. Il faudrait tout citer, et il vaut mieux inviter simplement le lecteur à faire son profit des observations grammaticales de M. de Dumast.


C. Buloz.