Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/137

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du despotisme, maïs qui revient vite, sous l’impression d’un péril d’un autre genre, au besoin de liberté. Les influences qui suscitèrent ailleurs une opposition monarchique ne règnent guère que dans les campagnes. La grande propriété y garde encore une sorte de patronage. Le clergé, en dehors du culte, y entretient avec les familles des relations continuelles. La foi monarchique s’y laisse d’autant plus difficilement entamer qu’on y est plus accoutumé à tout attendre du chef de l’état, comme d’une seconde providence. C’est surtout en ce dernier point que Paris a rompu avec les tendances de la province. Jusqu’en 1852, la partie la moins éclairée de la population parisienne mêlait, comme dans les campagnes, des sentimens bonapartistes aux passions démocratiques et aux aspirations socialistes. L’empire ne négligea rien pour faire durer cette confusion. Il encouragea les ressentimens populaires contre la bourgeoisie. Il s’appropria et fit passer dans quelques-unes des institutions dont il prit l’initiative ou qu’il couvrit de son patronage un certain socialisme. Il favorisa la propagation secrète de ces utopies subversives qu’il se donnait le mérite d’avoir étouffées dans leur germe en leur ôtant la publicité. Il fit plus que tolérer à ses débuts cette organisation de toutes les forces hostiles à l’ordre social qui, sous le nom de Société internationale des travailleurs est devenue un état dans l’état. Toutes ses complaisances ont été vaines : le socialisme s’est étendu dans Paris, et le bonapartisme en a entièrement disparu. Le résultat n’eût pas été différent lors même que l’appui eût été franc et complet. Le socialisme, par ses tendances comme par ses chefs, est essentiellement républicain. La république seule se prête à toutes les folles expériences comme à tous les progrès sérieux, parce qu’elle ne connaît pas d’autres digues que celles qu’il plaît au peuple d’élever et de maintenir : c’est là son écueil aussi bien que son honneur, le principe et des sympathies que lui ont vouées tant d’esprits généreux et des alarmes qu’elle cause à tant d’esprits sages. Si le socialisme avait eu dans les campagnes les mêmes moyens de propagande, et s’il y avait été autre chose que la vague jalousie du pauvre contre le riche, il ne s’y serait pas montré moins rebelle aux avances impériales. Il n’était pas besoin d’ailleurs de ces dangereuses doctrines pour détacher de l’empire le peuple de Paris, Malgré l’antagonisme des classes, un même esprit s’infiltre insensiblement à travers toutes les couches sociales au sein d’une même ville. Les griefs de la bourgeoisie ne pouvaient que faire impression sur les esprits populaires et s’y grossir encore par suite de l’exagération naturelle aux masses. Il suffisait d’un peu de bon sens et de droiture pour détester un despotisme sans grandeur, une politique incertaine, et qui ne vivait que d’équivoques, des entreprises aventureuses dont l’avortement devait