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toujours eu pour toutes les provinces de France. Ce n’est pas l’unité de langue que nous cherchons, ni l’unité de coutumes et d’usages, c’est l’unité de sentiment. Nous avons en France des Bretons, des Provençaux, des Flamands, qui conservent leur idiome et leurs mœurs particulières ; en sont-ils moins bons patriotes ?

Quant à cette accusation, que nous tirions beaucoup de l’Alsace et que nous lui donnions peu, les administrateurs prussiens qui ont en main nos comptes de finances savent ce qui en est. La trésorerie générale de Strasbourg, qui centralisait les recettes, n’a jamais pu avec les fonds du département faire face aux dépenses. La trésorerie de Colmar lui transmettait ses restans de caisse ; encore ce concours était-il insuffisant : il fallait s’adresser aux départemens limitrophes. Le fait est peu connu et cependant hors de doute : tous les produits étaient dépensés dans le pays même pour les services publics et les travaux d’utilité générale.

L’Alsace payait les mêmes impôts que toute la France ; on ignore en général que le principal de ces impôts, celui qui porte sur la propriété foncière, était moins élevé en Alsace que dans beaucoup d’autres départemens. Le cadastre, dans le haut et dans le Bas-Rhin, date de 1825 ; depuis cette époque, il n’a pas été révisé. L’agriculture cependant a fait de sensibles progrès. Dans le nord et dans d’autres parties de la France, ou le cadastre a été achevé plus récemment, ou l’agriculture, qui était déjà très avancée, est restée presque stationnaire : dans ces départemens, la différence est peu sensible entre le revenu cadastral et le revenu réel ; en Alsace au contraire elle est considérable. Pour citer un exemple, l’impôt foncier dans le Bas-Rhin était plus faible de moitié que dans le Pas-de-Calais. Les impôts qu’établira l’Allemagne seront-ils moins élevés que ceux que percevait la France ? L’avenir le dira. On connaît la devise prussienne : travaille, prends et prie ; le vainqueur s’y est conformé jusqu’ici avec une dureté qui a paru peu politique. Du reste c’est aux résultats qu’on juge une administration ; voyons donc ce que sont devenues en Alsace depuis ces dernières années, sous les lois françaises, l’agriculture, l’industrie, et aussi l’instruction primaire, dont les journaux allemands ne cessent de louer les bienfaits, comme s’ils révélaient aux pays annexés une merveille inconnue.

Depuis l’année 1838, nous avons des statistiques agricoles pour l’Alsace. Quelques faits montreront combien ont été rapides les développemens de cette partie de la richesse provinciale. En 1838, on comptait dans le Bas-Rhin 16,000 hectares de jachère. Schwertz, au commencement de ce siècle, n’évaluait pas à moins de 25,000 hectares la superficie de ces terrains. En 1852, ce chiffre était tombé à 7,953 hectares ; en 1866, on ne trouve plus de jachère. Voilà un progrès aussi complet qu’on le puisse souhaiter ; il a fait disparaître