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un des meneurs aristocratiques, voulait le faire saisir et mettre à mort. Andocide embrassa en suppliant l’autel de Vesta ; on se contenta de le jeter en prison. On ne nous dit pas comment il en sortit ; mais il repartit encore pour Chypre. C’était, pour qui cherchait fortune, un pays à souhait que cette île féconde et prospère où fleurissaient à la fois, sous des princes qui rivalisaient de vanité et de luxe, l’industrie phénicienne et les arts de la Grèce. Ce fut cette fois auprès d’Évagoras, roi de Salamine, que s’établit Andocide.

Même à Chypre, un bourgeois d’Athènes n’oubliait pas le Pirée, le Céramique, le Pnyx, l’Agora, le théâtre de Bacchus, l’Acropole, pas plus qu’un vrai Parisien ne se résigne à vivre longtemps loin de ce Paris dont il a tant de fois maudit le bruit et les perpétuelles agitations. Quand la démocratie fut rétablie, un certain Ménippos, ami d’Andocide ou orateur à ses gages, proposa et fit voter son rappel en se fondant sans doute sur les services rendus à l’armée de Samos ; mais, à peine adopté, le décret fut attaqué comme contraire aux lois : c’était assez pour l’empêcher de produire son effet. A cette nouvelle, Andocide en personne reparut à Athènes. Les prytanes, qui dirigeaient les délibérations du sénat, l’admirent à s’expliquer devant ce corps et à se faire ensuite entendre dans l’assemblée du peuple. Il promettait monts et merveilles. Que l’on confirmât seulement le décret de Ménippos, et il profiterait de sa fortune et de ses relations avec les princes et les villes de Chypre pour procurer à Athènes toute sorte d’avantages politiques et commerciaux. Déjà par ses soins plusieurs navires chargés de blé entraient, au moment même où il parlait, dans le port du Pirée. Andocide eut beau faire ; une fois encore l’influence de ses ennemis et le préjugé public l’emportèrent sur son éloquence et ses promesses. Il fallut reprendre le chemin de l’exil. Cette fois, le proscrit aurait passé une partie de son temps dans le Péloponèse, en Élide, où il aurait aussi trafiqué ; sans le consoler, les affaires l’occupaient et l’aidaient à passer le temps.

Plusieurs années s’écoulèrent. Après quelques succès brillans et stériles, Athènes, vaincue à Ægos-Potamos, prise par Lysandre, se voyait soumise à l’indigne tyrannie des trente. Andocide devait compter dans leurs rangs plus d’un des compagnons de sa jeunesse ; mais il ne leur aurait apporté aucune force, et le souvenir de la mésaventure qu’il avait essuyée sous les quatre-cents dut l’empêcher de s’adresser de nouveau à ce parti. Quand Thrasybule eut rendu Athènes en 403 sinon à sa puissance, au moins à sa liberté et sa vieille constitution, une large amnistie, destinée à fermer l’ère des discordes civiles, rouvrit les portes de la cité à tous les bannis » et rendit leurs droits à tous les condamnés. Andocide accourut aussi-