Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 94.djvu/681

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associés au gouvernement est une chose grave. Les circonstances d’ailleurs sont devenues assez difficiles et assez laborieuses pour exiger des redoublemens d’activité, une énergie croissante d’initiative. Quand même les ministres se croiraient obligés de mettre un peu plus d’attention qu’ils ne le font quelquefois dans le choix des fonctionnaires, préfets ou autres, qu’ils envoient en province, et quand même ils nous montreraient un peu plus souvent par des actes ostensibles qu’ils se préoccupent de tout ce qu’ils ont à faire, oii serait encore legrand mal ? Qu’en eût pensé M. Picard lorsqu’il était au ministère ? Est-ce parce que la loi de décentralisation n’existait pas qu’il a fait un usage si éclatant de la puissance administrative mise un moment entre ses mains ? Si la loi de décentralisation, en créant des conditions plus difficiles, plus rudes, si l’on veut, devait réveiller chez tous ceux qui sont ou qui passent ao pouvoir une activité nouvelle avec le sentiment d’une responsabilité agrandie, ce serait déjà quelque chose, et ce ne serait encore qu’une partie de ce qu’on peut en attendre.

L’utilité, l’efficacité de cette loi, si elle doit en avoir une, si elle ne doit pas passer comme tant d’autres lois, ce sera surtout de préparer, de contraindre le pays à s’occuper de ses propres affaires. Nous ne nous exagérons pas trop sans doute l’influence de la réforme accomplie en ce moment par l’assemblée. Elle est certainement des plus modérées, cette réforme ; elle ne produira, selon toute apparence, ni les merveilles que les uns en attendent, ni les cataclysmes qui troublent l’imagination de M. Ernest Picard ; mais enfin, telle qu’elle est, elle peut contribuer à développer à la longue, par la pratique, par une expérience incessante des choses, un certain sens de la responsabilité, qui par malheur manque presque absolument en France. Ne connaissez-vous pas cette éternelle histoire ? En France, on est électeur, on vote, on ferait une révolution plutôt que de se laisser ravir ce droit souverain, et on semble ne point se douter que ce vote est une chose sérieuse, que si on se livre à ses fantaisies, si on nomme un mauvais député, un mauvais conseillergénéral, un mauvais conseiller municipal, on en supportera d’une façon ou d’une autre les conséquences. Pendant vingt ans, on a nommé tous les députés qu’il a plu à l’empire de proposer. On aurait dit que cela ne regardait pas les électeurs ; il paraît au contraire que cela les regardait, puisqu’ils en paient très positivement les frais aujourd’hui, et s’ils s’étaient dit plus tôt qu’il s’agissait de leurs affaires, ils n’en seraient pas là. Des élections municipales viennent de se faire à Paris, elles se sont achevées hier, et on s’est encore passé la fantaisie de quelques nominations au moins étranges dans les circonstances. Imagine-t-on cependant rien de plus grave pour les Parisiens, rien qui touche plus directement à leurs intérêts ? La question qui se débattait pour eux dans ces élections était de savoir comment se fera une désastreuse liquidation