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les acteurs de second ordre qui y jouent un rôle, sur les divers courans d’opinion qui se croisent dans la cité; on y trouve surtout des détails de mœurs plus vrais encore et plus précis que ceux qui nous sont fournis par la comédie. Ce qui nous a été refusé par l’injure du temps eût donc été d’un prix inestimable; mais pour l’historien des lettres grecques c’est déjà beaucoup d’avoir entre les mains autant et plus qu’il ne lui en faut pour étudier et apprécier par lui-même l’ait et le talent de Lysias. Il n’est point forcé ici de s’en référer, comme cela lui arrivait encore il y a quelques années pour Hypéride, aux jugemens des critiques anciens, de les accepter sans examen et sans contrôle. Le recueil des discours de Lysias, même dans son état fragmentaire, est encore, après celui des discours de Démosthène, ce qu’il y a de plus intéressant et de plus varié dans la collection des orateurs attiques. L’œuvre d’Eschine y tient un peu plus de place; mais elle ne se compose que de trois discours fort longs, qui sont tous consacrés à des causes publiques, et où reviennent sans cesse les mêmes idées et les mêmes personnages. Isée a onze discours, et ce sont toutes causes civiles d’une même espèce, questions d’héritage. De Lycurgue, nous ne possédons que son accusation contre Léocrate. Hypéride, si les siècles l’avaient épargné, nous aurait sans doute offert, avec plus de puissance et de passion, la même variété que Lysias; seulement il ne nous est connu que par les débris récemment retrouvés de quatre discours.

Dans Lysias au contraire se rencontrent des modèles des trois genres, démonstratif, délibératif et judiciaire. Parmi ses discours judiciaires, qui ont fait surtout sa réputation, il y a des causes criminelles qui ne touchent qu’à la vie privée, comme le discours sur le meurtre d’Eratosthène, un séducteur pris en flagrant délit et tué par le mari; il y a des causes criminelles qui sont de vrais procès politiques, comme les plaidoyers contre Agoratos et contre cet autre Ératosthène dont nous avons déjà parlé; il y a enfin des plaidoyers civils et des questions d’affaires. Toutes les formes de la parole publique, au temps où vivait Lysias, sont représentées dans ce recueil. Ce n’est pas tout. On peut se faire encore une idée de ce que nous appellerons la « première manière » de Lysias, de ce qu’il écrivait pendant sa jeunesse, avant de travailler pour les tribunaux. On ne nous a point conservé d’ouvrage de cette époque dont l’authenticité soit certaine ou même probable; les données ne nous manquent pourtant pas sur ce que pouvait être alors le goût de notre orateur. Dans le Phèdre, le disciple de Socrate lui récite, comme étant de Lysias, un discours à un adolescent sur l’amour qui a donné lieu à bien des discussions. Est-ce, comme quelques--