Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 94.djvu/911

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le meilleur langage, d’un accent net et loyal, en homme qui se souvenait du 2 décembre. M. de Treveneuc proposait d’insérer dans la loi que, si la représentation nationale venait à être dissoute par un acte de violence, les présidens des commissions départementales se réuniraient aussitôt pour prendre en main la direction des affaires publiques. Hélas ! notre histoire est remplie des attentats de la force, bien faits pour justifier de telles propositions. Des violences, il y en a eu dans tous les temps, et il est certain qu’elles n’auraient pas eu toujours un succès si facile, s’il avait existé des pouvoirs désignés pour relever sur un point quelconque la légalité humiliée. Seulement la proposition de M. de Treveneuc avait un caractère tout politique, elle a été réservée, et la loi est restée de son côté avec son caractère essentiellement administratif.

Voilà donc encore une question réglée et une difficulté de moins. Malheureusement il en reste toujours assez de ces conflits pour entretenir l’humeur militante dans les sphères parlementaires et officielles, pour faire une vie laborieuse au gouvernement et à l’assemblée. Ces conflits existent, soit ; mais enfin, puisque d’autres conflits ont été pacifiquement dénoués avec un peu de bonne volonté, pourquoi ceux-ci ne finiraient-ils pas de la même façon ? Cette œuvre perpétuelle de transaction nécessaire, qu’est-ce autre chose après tout que la pratique de la liberté, avec ses embarras et ses fatigues, si l’on veut, mais aussi avec ses sûretés et ses garanties, que gouvernement et assemblée ont aujourd’hui un égal intérêt à maintenir ?

Le danger de ces conflits est moins dans ce qu’ils sont par eux-mêmes que dans l’impression de maladive incertitude qu’ils entretiennent, qu’ils propagent, et qui finit par créer autour des pouvoirs publics une sorte d’atmosphère de crise. Dès qu’on aperçoit à l’horizon un nuage, une mésintelligence, on croit voir un orage menaçant près d’éclater, et c’est là sans doute ce qui a donné naissance à cette dernière et décisive proposition qui a reparu tout à coup comme pour résumer toutes les questions dans une seule question, toutes les crises dans une seule crise. Cette motion de prorogation des pouvoirs de M. Thiers, que M. Rivet a présentée à l’assemblée, et devant laquelle tout s’efface momentanément, elle a fait déjà beaucoup de bruit, elle en fera encore, elle soulèvera toutes les contradictions, et on finira cependant par trouver une combinaison faite pour rallier une majorité suffisante, parce que personne ne peut songer à ébranler ce qui existe, parce que, s’il y a des nuances diverses d’une même pensée, tout le monde est d’accord pour reconnaître en M. Thiers la haute et nécessaire personnification de la situation actuelle. S’il ne s’agissait que de donner une confirmation nouvelle, toute personnelle, à l’autorité de celui qui est depuis six mois sur la brèche pour défendre le pays contre tous les dangers, la question n’existerait même pas, ou elle serait déjà tranchée. La difficulté est dans la manière dont tout cela se présente. Au fond, de quoi s’agit-il ? en quoi consiste