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I

Les Bulgares de la province de Philippopolis ne me paraissent pas différer beaucoup de ceux qui habitent Varna, Routchouk, Vidin et tout le grand vilayet du Danube. Au nord comme au sud de l’Hémus, la race est la même ; si ce n’est dans quelques cantons, comme le Despoto-Planina, dont nous aurons occasion de parler, elle présente les mêmes qualités, souffre des mêmes défauts. Petit, trapu, fortement bâti, le paysan bulgare n’a ni vivacité dans les yeux, ni grande intelligence sur la figure. Les Grecs ont remarqué la grosseur de son crâne et l’appellent par moquerie kondro héphali, grosse tête vide. Ses cheveux d’ordinaire sont blonds, il les rase complètement et ne laisse qu’une grande queue chinoise soigneusement tressée qui tombe sur les talons ; il tient du Turc, il tient du Slave, il ne reproduit aucun des beaux caractères de ces deux types. Il semble qu’une longue décadence, que la misère surtout ait effacé sur son visage les traits accentués d’une race primitive. Pauvrement vêtu, embarrassé quand il parle, il donne l’idée d’un peuple malheureux et timide. Les femmes ont rarement quelque beauté ; leurs traits sont communs, et, ce qui est plus étrange, la jeunesse même ne leur donne presque jamais aucune grâce. Dès l’enfance, elles ont été vouées à la fatigue ; elles s’habillent sans goût, leur jupon est d’étoffe grossière, leur corset prend mal la taille. Le voile seul qui couvre la tête a quelque élégance ; flottant sur le cou et sur les épaules, il rappelle celui que Raphaël a donné à ses madones. Ces paysannes, pour tout ornement, se couvrent de fleurs communes dont les couleurs éclatantes les séduisent. On remarque cependant sur ces figures une assez vive intelligence ; ces physionomies sont expressives. La femme bulgare doit avoir une grande influencé sur son mari, au contraire de la femme grecque, qui, dans la maison, est la première des enfans.

Quand vous arrivez dans un village, vos nouveaux hôtes vous accueillent avec défiance : vous êtes un inconnu, peut-être un ennemi. Le chef du bourg, un paysan aussi mal vêtu que ses administrés, vient tourner autour de vous sans prononcer un seul mot, pendant que les autres habitans se tiennent à distance. Vous lui dites que vous avez un passeport turc ; il le prend avec hésitation, le regarde comme s’il le comprenait, et enfin vous conduit chez lui. Les maisons ne sont que des huttes bâties de terre et de paille : les murs ont 3 pieds de haut ; les Paris inclinés du toit donnent seuls quelque élévation à l’unique chambre qui compose toute la demeure. Pour se glisser par la porte étroite, il faut se plier en deux. L’obscurité est presque complète, la lumière ne pénètre que par cette