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LE SOCIALISME
AU XVIe SIÈCLE.


PREMIÈRE PARTIE.

LA GUERRE DES PAYSANS

La réforme n’a pas été à l’origine une pure agitation religieuse ; elle présenta le caractère d’un mouvement social. Tandis que les grands vassaux travaillaient à s’affranchir de la suzeraineté de l’empereur et résistaient à l’autorité du saint-siége, qui menaçait de faire alliance avec lui, tandis que les seigneurs s’efforçaient de défendre l’indépendance qu’ils s’étaient arrogée à la faveur de l’anarchie, que les hommes d’étude aspiraient à la liberté d’examen dans les questions théologiques, qui constituaient alors presque toute la science, que les bourgeois des villes réclamaient une représentation plus effective à la diète et des droits moins limités en retour des charges que l’on faisait peser sur eux, — les artisans, les gens des campagnes, commençaient à regimber sous la main du maître et à se plaindre tout haut de la sujétion de plus en plus dure qui leur était imposée. Nulle classe n’était satisfaite de sa condition, hormis le clergé. Celui-ci en effet régnait sur les consciences ; il dominait par la puissance temporelle, qu’il unissait dans la majeure partie de l’Allemagne à la puissance spirituelle. Il prenait le premier rang dans l’état : les princes électeurs ecclésiastiques passaient avant les princes électeurs laïques ; bien des évêques comptaient parmi leurs vassaux des comtes et d’impor-