Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/397

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pour débloquer le château de Liebfrauenberg. Après avoir battu la bande de l’Odenwald, qui tentait, quoique fort inférieure en nombre, de lui barrer le passage, l’armée coalisée arriva le 7 juin devant Wurzbourg, qui dût se rendre à merci, payer une énorme contribution de guerre et rétablir dans ses murs l’exercice exclusif du culte catholique. Jacob Köhl et Florian Geyer furent exécutés sans forme de procès avec soixante des habitans les plus compromis. On n’apporta pas moins de rigueur à punir dans tout le territoire de l’évêché ceux qui avaient pris part à la révolte. Le margrave Casimir de Brandebourg soumit le reste de la Franconie. Bamberg, Schweinfurt, Rothembourg, ouvrirent leurs portes au vainqueur sans tenter de résistance. En même temps, les villes fortes du Neckar étaient contraintes de capituler. Le conseil des paysans, qui se tenait alors à Heilbronn, dut se disperser. Le corps de George Metzler, où se trouvaient Wandel Hippler et Götz de Berlichingen, arriva trop tard pour arrêter la marche triomphante de Truchsess. Le chevalier à la main de fer abandonna le 28 mai la cause qu’il avait servie un peu malgré lui. Quelques bandes dans cette partie de l’Allemagne essayèrent encore de prolonger la résistance. Retranchée dans un château qui dominait Ingolstadt, la bande noire (schwarze Haufen), qui ne comptait plus que 250 hommes fit une défense héroïque ; ils périrent jusqu’au dernier. Leur courage ne pouvait sauver une cause irrévocablement perdue.

Il restait à terrasser l’insurrection dans la région du Rhin proprement dite, où elle était encore maîtresse, où les paysans s’étaient récemment livrés à de sanglantes saturnales. Le bailli et quatorze personnes avaient été égorgés au château de Dermstein. Dans celui de Westerburg, la comtesse avait subi les plus indignes traitemens, et les rebelles l’avaient ensuite obligée à cuire leur repas. L’armée de l’électeur palatin et de l’archevêque de Trêves, ayant évacué la Franconie, s’avança dans le Palatinat. Le corps de paysans qu’elle rencontra près de Pfeddersheim, à l’ouest de Worms, fut taillé en pièces. On ne fit merci à aucun prisonnier, et dans cette tuerie le belliqueux prélat se signala par son sanguinaire acharnement. La soumission de tous les cantons environnans fut la conséquence de cette défaite. Les gens du Rheingau livrèrent leurs armes et payèrent une contribution de guerre. Mayence, Worms, Spire, Francfort ouvrirent leurs portes, durent se soumettre à des conditions analogues et renoncer aux libertés qu’elles avaient récemment arrachées. Trêves s’estima heureux de n’avoir point pris part au mouvement.

La résistance fut plus opiniâtre dans la région du Haut-Rhin, car c’était là le vrai berceau de la révolte. La haine des prêtres et des nobles y était portée jusqu’au fanatisme. Dans les rangs des