Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/77

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pour lutter contre de nombreux ennemis, bâtissent des villages au milieu de bois touffus, et les protègent par des fossés et une enceinte de pieux et de buissons garnis d’épines. Il devient impossible d’y pénétrer autrement que par une porte toujours dissimulée. Dans la contrée où demeura Drury, les coutumes, le genre de vie, les superstitions, ressemblent à ce que l’on a vu dans le pays autrefois habité par les Français. La confiance dans les olis est pareille, les ombiasses entretiennent les mêmes idées ; le jeune captif anglais a rencontré un de ces hommes, qui venait de la province d’Anossi. L’action du peuple originaire des bords de la Mer-Rouge sur l’ensemble de la population de Madagascar est manifeste.

Au commencement du XVIIIe siècle, un ingénieur étudia les côtes de la Grande-Terre sans avoir à l’avance conçu aucun projet de ce genre. Pris par les forbans, M. Robert avait été amené dans le nord de l’île ; l’occasion était belle, il fit des observations, s’efforça de rectifier en quelques points les cartes en usage, inscrivit au moins les noms des localités qu’on ne connaissait pas encore en Europe, et, tout charmé du pays, il se préoccupa de la possibilité de fonder un établissement. En France revenait l’idée d’une colonisation de Madagascar. En 1733, l’ingénieur de Cossigny, envoyé à la baie d’Antongil, examina le littoral pendant quatre mois, et trouva la situation mauvaise à cause de l’insalubrité du climat. Douze ans plus tard, Mahé de Labourdonnais vint aux mêmes lieux pour faire réparer des vaisseaux de son escadre et se ravitailler avant de porter ses forces dans l’Inde. Émerveillé des ressources de la contrée, le célèbre général fit connaître son regret de les avoir ignorées lorsqu’il était gouverneur de l’Ile-de-France. Peu après, un événement détermina le retour des Français.

Jugeant inutile de parler longuement de l’histoire des forbans anglais qu’on a souvent reproduite, nous rappellerons seulement quelques faits essentiels. Les descendans des pirates, issus la plupart des filles des chefs de la côte, les Malattes, ainsi qu’on les a qualifiés, exerçaient encore une influence considérable sur les indigènes. L’un d’eux, Ratsimilaho, plus souvent désigné sous le nom de Tamsilo, qui avait pour mère la fille d’un chef de l’île Sainte-Marie, homme intelligent, éclairé par des voyages et d’habituelles relations avec les Européens, forma le dessein d’affranchir sa patrie de la domination des Bétanimènes, qui s’étendait de Tamatave à la baie d’Antongil. Reconnu chef suprême, Ratsimilaho réussit dans l’entreprise, et demeura le souverain respecté. A sa mort, en 1750, le trouble survint dans l’état ; la fille du roi de Foulepointe, Beti, ayant conservé la possession de l’île Sainte-Marie, en fit don à la compagnie des Indes ; un acte authentique a consacré la remise de la propriété au roi de France. Les fautes autrefois commises