Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/297

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décembre. Chanzy inaugurait le mouvement de l’armée de la Loire par une brillante action, et on apprenait ce jour-là, par une fortune heureuse, que la sortie de Paris s’était enfin accomplie la veille, qu’elle avait été couronnée par une éclatante victoire de Trochu et de Ducrot. C’était la première affaire du 30 novembre à Villiers. Il n’y avait plus à hésiter désormais sur ce qu’on avait à faire. Du général au dernier soldat, tout le monde était électrisé. Le général d’Aurelle, dans un ordre du jour à ses troupes, disait : « Marchons avec l’élan dont l’armée de Paris nous donne l’exemple. Je fais appel aux sentimens de tous, des généraux comme des soldats. Nous pouvons sauver la France… En avant, sans calculer le danger ! » Malheureusement M. Gambetta dans l’exubérance d’un patriotisme qui n’aurait rien perdu à être moins ignorant, M. Gambetta réussissait à mêler presque du ridicule à des événemens qui étaient pourtant si sérieux. Lui qui, comme ministre de la guerre, aurait dû au moins être au courant de certaines choses ou se laisser instruire, il trouvait le moyen de brouiller tout, de confondre tout, le nord et le midi, Épinay-sur-Seine et Épinay-sur-Orge, le général Vinoy, qui commandait au sud de Paris, et l’amiral La Roncière Le Noury, qui commandait à Saint-Denis. Il annonçait à la France que l’amiral La Roncière s’était avancé sur Longjumeau et avait « enlevé les positions d’Épinay » sur la route d’Orléans, de sorte qu’il n’y avait plus qu’à faire un pas de part et d’autre pour se donner la main. Déjà on parlait à Tours du prince Frédéric-Charles comme d’un général qui aurait bien de la peine à ne pas être pris entre l’armée de Ducrot et l’armée de la Loire. Pour des hommes qui avaient la prétention de conduire une guerre, c’était léger, et d’autant plus dangereux que ces fausses indications pouvaient entraîner les plus graves méprises, que toutes ces exagérations de bulletins, en trompant le pays, devaient inquiéter les généraux. Une chose restait toujours certaine, il y avait eu évidemment à Paris une action décisive, heureuse, et cette seule pensée suffisait pour soutenir l’armée de la Loire dans la lutte où elle s’était engagée.

La marche commencée le 1er décembre en effet, on la reprenait le 2 au matin sous l’impression des avantages qu’on avait obtenus et des grands succès parisiens ; mais on ne tardait pas à s’apercevoir que cette fois on ne marcherait pas aussi aisément que la veille, qu’on allait avoir les plus sérieux embarras. Tandis qu’une division du 15e corps devait s’avancer le long du chemin de fer de Paris, au-delà de Chevilly, vers Artenay, mesurant son action aux progrès du 16e corps, celui-ci, à peine engagé, rencontrait à chaque pas la résistance la plus opiniâtre. En réalité, le 16e corps avait devant lui toutes les forces du grand-duc de Mecklembourg, les Bavarois, la 17e et la 22e division d’infanterie, plusieurs corps de cavalerie. On