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scoriaux, qui furent découverts par la suite. Cependant une difficulté se présentait : depuis plusieurs années, le gouvernement grec et la Chinôtis étaient en contestation au sujet de la propriété des terrains boisés du Laurium. Les étrangers obtinrent du ministre des finances, M. Valvis, par l’intermédiaire de M. le vicomte Amelot, chargé d’affaires de France, une déclaration officielle par laquelle ce haut fonctionnaire s’engageait au nom de l’état à n’exercer, quelque fût le résultat du procès intenté à la commune de Kératea, aucune revendication sur les scoriaux acquis par la société franco-italienne, sauf sur une partie de celui d’Ergastiria. Pour ce dernier, il se contentait du dépôt d’un cautionnement de 12,000 drachmes (10,800 francs), représentant la valeur du terrain.

En même temps, les hardis explorateurs découvrirent sous une épaisse couche de terre végétale les rejets de mines dont personne avant eux n’avait soupçonné l’existence [1], et s’assurèrent de la possibilité d’en tirer parti. Ils en acquirent la possession des propriétaires du sol et demandèrent au gouvernement la concession « du droit d’exploiter les anciennes mines existant sur une certaine étendue de la commune de Laurium, et les anciens minerais de galène argentifère qui se trouvaient aux alentours des dites mines [2]. » La concession leur fut accordée sans restriction en 1867 ; elle a une étendue de 1079 hectares, et comprend à peu près la vingtième partie de la surface métallifère du Laurium. Forts de ces déclarations, de ces actes officiels du gouvernement grec, les étrangers se mirent à l’œuvre et créèrent en moins de deux ans l’une des plus grandes fonderies de plomb du monde.

La plage d’Ergastiria, improprement nommée sur les cartes marines anglaises Agastira, fut choisie pour l’emplacement de la nouvelle ville. Située au fond d’une baie profonde qui s’ouvre sur le canal de Mandri (Mandri-Channel), elle possède un port que lui envieraient des cités maritimes de premier ordre. A partir du rivage s’élèvent jusqu’à l’arête centrale du Laurium une série de collines couvertes de broussailles et de pins. La vue du haut des montagnes est admirable ; partout la mer apparaît entourant d’une ceinture azurée cette terre dont le charme sauvage est rehaussé par la splendide lumière de l’Attique. Au premier plan, la ville moderne,

  1. En 1835, un savant allemand, M. Fiedler, fut envoyé par le gouvernement dans le Laurium pour y étudier la question des mines. Sa conclusion fut que la reprise dos travaux n’offrait aucune chance de succès. L’importance industrielle des scories lui échappa complètement, et il ne dit pas un mot des rejets de mines. La même opinion fut exprimée quelques années après par un autre Allemand, M. Riesscgger, qui visita le pays vers 1842. (Reisen in Europa, Asien und Africa, Stuttgart 1841-1818.)
  2. La loi des mines grecque est calquée sur notre loi française du 21 avril 1810.