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manque pas d’intérêt, et elle vient à propos lorsqu’il s’agit de négociations avec l’Allemagne, c’est-à-dire sur le terrain où la noble maison de La Tour et Taxis a exercé le plus activement, pendant près de trois siècles, son utile industrie.

Les premiers courriers de postes furent établis vers l’an 1500 par le comte Roger de Taxis entre Vienne et le Tyrol. En 1516, le comte François de Taxis, neveu de Roger, se chargea d’un service régulier entre Vienne et les Pays-Bas, qui venaient d’être annexés à la maison d’Autriche, par suite du mariage de l’empereur Maximilien avec Marie de Bourgogne, et il obtint en récompense, par investiture féodale, la charge de général des postes dans tous les états de l’empire. Charles-Quint confirma par lettres patentes le titre et les privilèges attribués au comte de Taxis, dont le domaine postal acquit à cette période, par les victoires de l’empereur, sa plus vaste étendue. Vienne était le point central d’où les courriers rayonnaient au nord vers les Pays-Bas, au sud vers l’Italie ; mais après l’abdication de Charles-Quint plusieurs princes d’Allemagne commencèrent à revendiquer le droit d’organiser pour leur propre compte et sous leur autorité les services de postes que le chef de l’empire prétendait se réserver comme un droit régalien, exclusivement attaché à sa couronne. De là des démêlés sans fin. Aux protestations des princes, l’empereur ripostait en comblant de titres et de parchemins la maison de Taxis. Vers 1615, Mathias constitua en fief la charge de grand-maître des postes de l’empire au profit de Lamoral de Taxis et de ses descendans mâles. En 1621, Ferdinand décréta qu’à défaut de succession masculine le fief passerait à l’aînée des filles et à sa postérité. Il faut croire cependant que les Taxis étaient avant tout hommes d’affaires, et qu’ils n’avaient pas une absolue confiance dans la vertu des parchemins impériaux. En même temps qu’ils acceptaient les faveurs et les dignités dont on les accablait à Vienne, ils jugeaient prudent de s’entendre avec les princes qui contestaient la validité de leur privilège ; ils essayaient d’obtenir des traités particuliers pour assurer partout le libre passage de leurs courriers. Ce débat occupa maintes fois, pendant le XVIIe siècle, la diète de l’empire. Chanceliers et docteurs discutèrent à perte de vue sur les droits de l’empereur et sur les droits des princes en matière de postes. On dut secouer à cette occasion toutes les archives du code féodal. En 1681, le roi d’Espagne Charles II et en 1686 l’empereur Léopold élevèrent au rang de prince le général héréditaire des postes. Ce surcroît de grâces n’était que l’indice d’un échec subi par la cause impériale. Le landgrave de Hesse et l’électeur de Saxe venaient en effet d’établir des postes dans leurs états au lieu et place des postes de l’empire, et ils donnaient ainsi