Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 99.djvu/313

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arbitraire, qui supprimait purement et simplement leur église nationale, — que, victimes de l’ultramontanisme jésuitique, mais forts de leur vieux droit épiscopal, ils attendent avec confiance le jour où justice enfin leur sera rendue, et que les maux qui affligent à cette heure l’église catholique n’ont pas d’autre cause que cette déviation des vrais principes, dont les premiers ils ont eu beaucoup à souffrir. Quant à leur hiérarchie épiscopale, ils la tiennent pour parfaitement régulière, canonique, irréprochable en droit ecclésiastique, et les autorités théologiques ne manquent pas à l’appui de ces prétentions.

Utrecht fut le berceau du christianisme dans les Pays-Bas, où il fut apporté vers la fin du VIIe siècle par saint Willebrord, qui reçut les titres d’évêque d’Utrecht et d’archevêque des Frisons. Toutefois la religion nouvelle ne fit que peu de progrès jusqu’à l’arrivée de saint Boniface (vers 725), qui lui gagna de nombreux prosélytes. L’évêché d’Utrecht, depuis lors, fut constitué d’une manière définitive et assez fortement pour résister aux prétentions des évêques de Cologne, qui auraient voulu le réunir à leur diocèse. Les évêques d’Utrecht étaient, comme à peu près partout en ce temps-là, nommés par le clergé du diocèse et le peuple, du moins les notables, et avant Grégoire VII (XIe siècle) il n’est pas question d’approbation pontificale nécessaire pour que l’élection sortisse son effet. L’évêque nouveau notifiait son avènement à ses collègues, entre autres à l’évêque romain ; il entrait dans le concert de la catholicité après avoir été reconnu par eux, mais il tenait ses droits de l’élection diocésaine et nullement d’une délégation du pontife romain. On peut même ajouter que la tradition constante du diocèse d’Utrecht fut de maintenir l’autonomie épiscopale contre les tentatives centralisatrices de la papauté. Ainsi l’évêque Guillaume Ier et son successeur Conrad prirent le parti de l’empereur Henri IV contre Grégoire VII. Lorsque la grande querelle des investitures fut vidée, les empereurs allemands avaient renoncé à leur droit de confirmer les évêques par la crosse et l’anneau. Depuis lors aussi, la nomination des évêques se fit simplement par le vote des chapitres diocésains, leur installation en était la conséquence immédiate. On se bornait encore à notifier l’élection à Rome ; mais bientôt on sollicite l’approbation pontificale, et quelques évêques la croient nécessaire, tandis que d’autres, plus nombreux, déclarent que, comme leurs prédécesseurs, ils auraient pu s’en passer.

Du reste, l’histoire du diocèse d’Utrecht n’est ni plus ni moins édifiante que celle de tant d’autres évêchés du moyen âge. Ce diocèse formait une sorte de théocratie, comme ceux de Cologne, de Mayence ou de Trêves, nominalement soumise au saint-empire, en