Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/145

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persistantes et si obstinées, après des exemples si engageans, le parlement italien ne déviera pas de la politique modérée, libérale, habile, qu’il a suivie jusqu’ici. Quoi qu’on en dise, une politique différente plairait assurément aux partis révolutionnaires, mais ne serait pas agréée par la grande majorité du pays, qui n’aime pas les aventures. On n’oubliera pas que la papauté est un pouvoir moral, qui n’a d’autre force que celle qu’il puise dans l’adhésion libre et spontanée des consciences. Ce ne sont pas les coups en apparence les plus forts qui portent le mieux contre une puissance de telle nature ; au contraire, surtout dans des temps comme les nôtres, une politique violente, sans égards, absolument hostile, pourrait produire dans l’esprit des foules, aussi bien en-deçà qu’au-delà des Alpes, un revirement soudain, en faveur d’une institution qui paraît perdre du terrain tous les jours.

Assurément le catholicisme, tel qu’il s’est fait, s’est constitué l’ennemi de l’esprit libéral et moderne : aussi il en » est haï autant qu’il le hait lui-même. Ce conflit est le plus grave de tous ceux qui troublent nos sociétés. Des deux ennemis, l’un devra succomber, si l’un des deux ne réussit pas à modifier l’autre. Ce n’est pas l’esprit moderne qui doit craindre pour lui : il n’est que le développement spontané et nécessaire de la raison et de la conscience humaine ; cependant, quoique l’issue ne puisse être douteuse, la lutte n’en sera pas moins vive et prolongée, car le catholicisme est désormais le représentant presque unique de ce sentiment religieux, si profond, lui aussi, dans le cœur humain, qui demande à croire et a ne pas raisonner, et qui veut des réponses toutes prêtes aux interrogations pressantes que l’âme ne cesse de se poser. Le catholicisme n’est en Italie ni ailleurs à bout de forces. C’est un géant resté enseveli pendant des siècles sous des couches profondes et multipliées ; on a cru de temps à autre qu’il était mort ; il ne faisait que sommeiller. En Italie, où gît la tête, il paraissait plus profondément endormi que partout ailleurs ; mais, si dans ce vieux pays si sage et si calme il ne peut espérer d’exciter de trop grandes ardeurs, rien n’assure que d’ici à quelques années les catholiques n’y doivent donner des signes d’une vie plus active qu’ils ne. font à présent. On doit plutôt s’attendre au contraire.

Le parti libéral doit se tenir partout sur ses gardes, mais sa conduite ne peut ni ne doit être partout la même ; elle devra, en chaque pays se conformer aux conditions morales du pays et au rôle qu’il joue dans l’ensemble de la catholicité. Ce qui à certains hommes politiques d’Italie semble une bonne raison pour pousser leur gouvernement à une conduite différente de celle qu’il a tenue jusqu’ici n’est, tout bien considéré, qu’une raison puissante pour