Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/172

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un serment particulier de fidélité à l’autorité paternelle et aux lois de l’empire.

En même temps que l’empereur obtenait ces manifestations favorables, une discussion s’éleva par la voie des publications écrites entre les évêques ses partisans et les grégoriens. Waltram, évêque de Naumbourg, dont Fleury, par erreur, fait un archevêque de Magdebourg, voulant ramener au parti impérial le comte de Thuringe, lui avait écrit une lettre dont les copies furent multipliées, où il disait entre autres choses : « L’apôtre inspiré de Dieu veut que toute personne soit soumise aux puissances souveraines, parce qu’il n’y a point de puissance qui ne vienne de Dieu. Qui lui résiste, résiste à l’ordre de Dieu. Cependant vos amis disent aux femmes et au simple peuple qu’il ne faut pas se soumettre à la puissance royale. Veulent-ils donc résister à Dieu ? sont-ils plus forts et mieux appris que Dieu ? Le prophète a dit : Tous ceux qui combattent contre vous, Seigneur, seront confondus, et ceux qui vous résistent périront. Voyez Rodolphe, Hermann, Ekbert, Hildebrand lui-même : ils ont résisté à l’ordre de Dieu en la personne de l’empereur Henri, et ils ont péri. Croyez-le bien, ce qui a eu mauvaise fin devait avoir un mauvais principe. » L’évêque d’Halberstadt se chargea de répondre à Waltram. « Vous entendez mal, lui disait-il, le précepte de l’apôtre, car, si toute puissance vient de Dieu, comme vous le prétendez, d’où vient que Dieu dit par son prophète : Ils ont régné, mais ce n’est pas par moi ; ils sont devenus princes, et je ne les connais point ? Écoutez l’apôtre, qui explique lui-même sa pensée. Après avoir dit ce que vous rapportez, qu’il n’y a point de puissance qui ne vienne de Dieu, il ajoute : Et celles qui viennent de Dieu sont bien ordonnées. Pourquoi supprimez-vous ces paroles ? Donnez-nous donc une puissance bien ordonnée, et nous la reconnaîtrons comme venant de Dieu ; mais ne rougissez-vous point de dire que le seigneur Henri soit roi de par Dieu, ou qu’il ait de l’ordre en son pouvoir ? Est-ce avoir de l’ordre que d’autoriser le crime, et confondre tout droit divin et humain ? Est-ce avoir de l’ordre que pécher contre son propre corps et abuser de sa femme d’une manière inouïe ? Est-ce avoir de l’ordre que prostituer des veuves qui viennent lui demander justice ? Pour ne point parler de ses crimes sans nombre, des incendies, des pillages, des homicides, des mutilations, parlons de ce qui afflige le plus l’église de Dieu. Quiconque vend les dignités spirituelles est hérétique : or le seigneur Henri, que. vous nommez roi, a vendu les évêchés de Constance, de Bamberg, de Mayence, pour de l’argent, ceux de Ratisbonne, d’Augsbourg et de Strasbourg pour des meurtres, l’abbaye de Fulde pour un adultère, l’évêché de Munster pour une sodomie. Il est donc hérétique, et, étant excommunié par le saint-siège pour