Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/180

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en 1111 le pape Pascal II autorisa la sépulture d’Henri IV au caveau des empereurs dans la cathédrale.

Ainsi finit misérablement l’empereur Henri IV, après cinquante ans du règne le plus agité qui fut jamais, succombant sous les malédictions de quatre pontifes, — prince dont il est difficile d’assigner exactement les vertus et les vices, fort innocent à coup sûr des crimes dont la haine entassa les accusations contre lui, mais coupable du crime qui faisait alors supposer tous les autres, la désobéissance à l’église romaine. Engagé par de funestes conseils dans une lutte dont sa jeunesse ne prévoyait point les conséquences, il fut plus tard l’adversaire trop obstiné de réformes nécessaires que son père, plus habile, eût lui-même accomplies, en ôtant le prétexte à un pouvoir rival de réclamer davantage. Ses ennemis eux-mêmes lui reconnurent d’éminentes qualités : il fut brave, spirituel, généreux, mais incapable politique, faible de caractère, et poursuivi par la fatalité presque dès sa jeunesse, — bien choisi par Grégoire VII comme personnification du pouvoir civil, pour arracher d’abord à la souveraineté temporelle l’indépendance de l’église, et pour la soumettre ensuite à la suprématie de la papauté émancipée [1]. Son fils Henri V eut à son tour des dissentimens violens avec les successeurs de Grégoire VII ; il en fut même excommunié ; mais un traité conclu entre le sacerdoce et l’empire, en 1122, mit fin à ce qu’on a nommé la querelle des investitures, et les deux puissances vécurent en une sorte d’armistice pendant quelques années, jusqu’à la reprise d’hostilités qui aboutit, après de nouvelles et plus terribles péripéties, à la chute de la maison impériale de Souabe. Il était réservé aux rois de France de replacer, au moment opportun, les deux pouvoirs dans un juste équilibre.


CH. GIRAUD, de l’Institut.

  1. Voici comment l’un des adversaires les plus animés d’Henri IV, le rédacteur contemporain des Annales de Disibodenberg, résume son acte d’accusation contre lui. « Verum ut brevi epilogo onerosam istiua viri complectar historiam : Henricum hominem perversum et justo judicio ab ecclesia ejectum, omnibus revera constat manifestum. Vendidit enim omnia spiritualia, fuit inobediens apostolicæ sedi, et in ipsam sedem fecit supplantationem, substituendo Wibertum Gregorio, in légitima uxore modum christianitatis excedendo, apostolicæ sedis sententiam parvipendendo. Hinc orta est maxima persecutio in ecclesia Dei… Enimvero ut de illo omnia loquar, erat valde misericors. Aliqui enim eum perforare volentes capti sunt, qui convicti et confessi, abire jussi sunt impuniti. Multi etiam principes, qui ei multa mala fecerunt, mox ut ei se prostraverunt, omnia eis condonavit. Et quamvis esset valde compatiens et misericors, obstinata tamen mente in excommunicatione permansit, quæa omnia bonitatis ejus opera obnubilant » Dans Pertz, t. XVII, p. 49. Un homme de talent a essayé de mettre en action les mœurs du XIe siècle, dans son livre intitulé Grégoire VII, ou le pape et l’empereur au moyen âge, drame, par D. Laverdant, Paris 1860.