Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/185

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


féminine, dont elle faisait le charme par les grâces de son esprit, en même temps qu’elle l’édifiait par ses vertus. Ultrogothe établit à Lyon l’un des premiers hôpitaux des Gaules, et l’appui que les reines mérovingiennes ont prêté au développement de la civilisation chrétienne, les terres qu’elles ont données aux églises, les monastères qu’elles ont fondés ou enrichis, ont contribué à adoucir le sort des populations qui trouvaient dans les asiles religieux, dans les immunités ecclésiastiques, un refuge contre la violence et des garanties que le droit public leur refusait. Il ne faut pas oublier en effet que dans la société à demi sauvage des temps mérovingiens donner à l’église, c’était donner à tous les déshérités de ce monde, que le peu de bien qui s’est fait n’a pu se faire que par l’idée chrétienne, et que ces œuvres de mansuétude et de charité, qui forment un si grand contraste avec les crimes des rois, sont la seule consolation de l’histoire au milieu des guerres, des luttes fratricides, des meurtres et des trahisons de la première race.

La pluralité des femmes et la confusion qui s’était établie, comme nous l’avons raconté dans une précédente étude, entre les reines légitimes, les reines illégitimes et les simples concubines, doivent être comptées parmi les principales causes de l’anarchie mérovingienne. Charlemagne voulut en prévenir le retour par une constitution plus régulière de la famille ; il décréta qu’à l’avenir les lois civiles, d’accord avec les lois canoniques, n’admettraient qu’une seule femme légitime, et que les enfans nés de cette femme seraient seuls admis à succéder ; mais il laissa subsister le concubinage, ne fixa par aucune règle précise la part que les femmes pourraient prendre au gouvernement, et quelques-unes des reines carlovingiennes ne profitèrent que trop de cette lacune du droit monarchique.

Louis le Débonnaire avait eu d’un premier mariage avec Hermengarde Lothaire, Louis le Germanique et Pépin ; il épousa en secondes noces Judith, fille du Bavarois Welf comte de Revensberg, qui lui donna un quatrième fils, depuis Charles le Chauve. Comme Frédégonde, Judith engagea une lutte implacable contre les princes appelés à partager avec son fils l’empire des Francs. Charles était à peine âgé de six ans qu’elle forçait le Débonnaire à lui tailler dans les trois royaumes, assignés à ses frères en 817 par l’acte célèbre connu sous le nom de Carta divisionis imperii, un nouveau royaume comprenant l’Allémanie avec l’Alsace, le pays des Frisons, quelques enclaves de l’Helvétie et la Haute-Bourgogne. Pépin, Lothaire et Louis prirent les armes pour protester contre cette cession, et ce fut là le point de départ de la lutte qui dura de 823 à 843, pour aboutir à l’immense massacre de Fontenay, où périt la plus grande partie de la noblesse franque, et au traité de Verdun,