Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/19

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


une excellente occasion de l’engager dans un fait en apparence sans gravité, mais qui lui permettait de prendre position vis-à-vis des décrets du concile. Plusieurs professeurs du collège catholique de Breslau s’étaient refusés dans le cours de l’année 1871 à enseigner le nouveau dogme de l’infaillibilité. Leur évêque, non content de les censurer, avait demandé leur destitution au ministre des cultes, qui était alors M. de Mühler. Celui-ci, sans contester le droit de censure, déclina toute destitution en déclarant que la fondation du collège catholique de Breslau remontait à des temps qui ignoraient la doctrine proclamée au concile du Vatican. Il n’était donc pas possible de frapper des professeurs qui n’avaient point abandonné les principes que l’on avait considérés jusqu’en 1870 comme constituant le catholicisme. Le gouvernement prit une décision analogue à l’égard des professeurs catholiques de l’université de Bonn, dont l’évêque de Cologne demandait également la destitution pour le même motif. Il prenait ainsi parti pour le mouvement dit des vieux-catholiques, qui venait de faire son apparition à Munich avec éclat. Évidemment M. de Bismarck a fondé sur ce mouvement de grandes espérances, et s’est vu par là encouragé à se jeter dans la voie où il marche aujourd’hui avec sa froide résolution. Aussi est-il nécessaire, pour comprendre la crise actuelle, d’en suivre le développement en Allemagne depuis l’origine.

Nous nous imaginons volontiers en France que le concile du Vatican est après tout un événement sans grande importance parce qu’il n’a guère rencontré que des adhésions dans notre clergé. Nous dirions volontiers des points considérables qui y ont été débattus ce que les gens frivoles disaient au XVIe siècle de la réforme : ce n’est qu’une querelle de moines. Ces moines et ces évêques n’en ont pas moins accompli une véritable révolution dans l’église catholique en instituant contre la tradition la plus avérée l’omnipotence de la papauté. De ce qu’il a plu à nos évêques d’oublier toutes leurs protestations et de brûler ce qu’ils avaient adoré, il ne s’ensuit pas que ce qui s’est accompli à Rome soit un événement insignifiant. Il serait vraiment trop commode que la promptitude de la soumission fît oublier le bien-fondé de la résistance ! On entend tous les jours parmi nous des hommes fort libres d’esprit déclarer que toute opposition aux décrets du concile est absurde de la part d’un catholique. Nous les renvoyons aux mandemens de Mgr Dupanloup, aux lettres du père Gratry, au savant ouvrage de l’évêque de Sura sur la constitution de l’église. Ils verront que c’est l’essence même de l’autorité catholique qui a été modifiée au concile, et que, si le catholicisme est l’église de l’immobilité, de la tradition, il s’est porté un coup bien grave en opérant une transformation aussi profonde dans sa constitution. Ceux donc qui