Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/191

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la force de la monarchie ; la fin soudaine et imprévue de ces deux princes fut comme le signe avant-coureur des catastrophes qui attendaient la dynastie dans un avenir prochain. La sève et la vie -semblaient tarir dans le vieux tronc capétien, et, comme si la nature elle-même s’était faite la complice des révolutions pour anéantir cette grande race, son dernier rameau a été frappé de stérilité dans la personne du prince qui semblait appelé à le faire reverdir, Henri, comte de Chambord, dernier héritier de la couronne des Bourbons.

Parmi les reines de la troisième race qui sont intervenues dans les affaires, soit officiellement, en vertu d’une régence légalement déléguée, soit à l’aide des troubles publics ou de la faiblesse de leurs maris, deux seulement, Blanche de Castille et Jeanne de France, femme de Charles V, ont rempli dignement leur rôle. Blanche, pendant la minorité de son fils, soutient avec un courage viril une lutte de sept ans contre les grands vassaux, ligués avec le roi d’Angleterre Henri III. Elle prépare l’un de nos plus grands règnes ; mais sa conduite dans la guerre des albigeois et l’établissement de l’inquisition laissent encore une tache sur sa mémoire. Jeanne de France au contraire apparaît pure de tout reproche. L’histoire ne l’a point placée au rang que lui assignaient ses vertus privées ainsi que les services qu’elle a rendus à la cause nationale, et ce n’était point sans raison que Charles V l’appelait le soleil du royaume. Initiée à tous les secrets de la politique, elle siégeait à côté de son mari dans les audiences solennelles du parlement ; elle assistait à toutes les séances du conseil, et ne donnait que de bons avis. L’économie sévère qu’elle avait introduite dans les dépenses de la maison royale contribua par l’exemple à faire pénétrer le bon ordre dans les finances, et grossit par l’épargne le trésor qui paya les soldats de Duguesclin et la libération du territoire ; mais par malheur, à côté de Jeanne et de Blanche, nous rencontrons Constance, Isabeau de Bavière, Catherine de Médicis et d’autres encore, qui ne sont intervenues dans la politique que pour y faire sentir la désastreuse puissance de leur faiblesse, de leurs vices ou de leurs instincts cruels.

Constance d’Arles, unie au prince le plus pacifique et le plus doux de son temps, Robert le Pieux, se fit un plaisir cruel de le tourmenter toute sa vie. Elle se laissait entraîner à de tels emportemens qu’un jour, dans un accès de colère, elle creva un œil à son confesseur Etienne en le frappant avec une canne dont la pomme était faite en forme de tête d’oiseau, et l’on pourrait croire, à la manière dont les historiens contemporains parlent de sa violence envers son mari, que la canne à tête d’oiseau ne s’arrêta point toujours devant la majesté royale. Hugues de Beauvais, que Robert