Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/200

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parrain, il ne craignit pas de dire au grand-aumônier qu’il fallait « s’enquérir du nom des père et mère. — A quoi bon, répondit celui-ci, ne sait-on pas que Madame est née du roi et de la reine ? — Est-ce votre avis, monsieur ? » Et par ce mot perfide il jeta sur la fille de Marie-Thérèse ces indignes soupçons d’adultère qui la suivirent jusqu’au pied de l’échafaud.

Aujourd’hui que depuis bientôt un siècle la mort a fait son œuvre, Marie-Antoinette n’est plus pour nous que la triste victime de la fatalité du temps où elle a vécu. L’épouse est sortie pure des enquêtes de l’histoire, elle a racheté par l’héroïsme de ses derniers momens les frivolités de sa vie, qu’on eût excusées, si elle n’avait point porté la couronne, comme des faiblesses communes aux femmes jeunes et belles qui vivent entourées d’adulations et d’hommages, et, nous n’hésitons point à le dire, c’est une honte pour notre temps qu’il se trouve encore des hommes assez aveuglés par les funestes traditions du jacobinisme pour faire. honneur de sa mort à ce ramas d’assassins qu’on appelle le tribunal révolutionnaire, comme les catholiques du XVIe siècle faisaient honneur à Catherine de la saignée salutaire du 24 août 1572,


III

Telle est, rapidement résumée par les faits les plus importans, l’histoire des femmes que l’affection et plus souvent encore la politique ont données pour épouses à nos rois. Les unes, sacrifiées à d’indignes créatures, ont passé leur vie dans les larmes et l’abandon, sans pouvoir se soustraire à la triste destinée que leur avaient faite des liens indissolubles, car les rois avaient seuls le privilège des répudiations ; les autres ont gouverné comme régentes en vertu d’une délégation légale ; quelques-unes ont régné clandestinement sous le nom de leurs fils ou de leurs maris, et formé comme les favorites un gouvernement occulte à côté du gouvernement officiel ; mais, sauf quelques rares exceptions, leurs vertus privées ont été presque toujours inutiles à l’état, leur ambition toujours dangereuse, et leur gouvernement toujours orageux. Les régences, en faisant tomber le pouvoir en quenouille, réveillaient toutes les oppositions et toutes les convoitises des princes du sang, qui ont été l’un des plus grands embarras de la monarchie, les courtisans, les parvenus de la bassesse et de l’intrigue, profitaient des interrègnes pour mettre la main sur la couronne, et l’entourage des reines, comme celui des rois, livrait le pays aux influences les plus désastreuses, car le pouvoir monarchique avait beau se proclamer un et indivisible, il restait, par son caractère exclusivement personnel, accessible et pénétrable à tous ceux qui de près ou de loin se rattachaient